ALCHIMIE_LITTORALE_

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Le sentier court à travers le maquis littoral, épouse le linéament dentelé de la côte et de la profonde baie sablonneuse  enchâssée de montagnes. Quelques îlots  de pins martimes et de sous - bois accordent au promeneur,  par intermittences,  les faveurs de leur  puissante ramure obombrant côteaux et tombants. Les balcons de la Tassinca donnent  sur le  large ; les  bras oblongs de la  terre embrassent vers le Ponant la Grande Bleue.
La végétation endémique parfume la brise littorale. Le printemps qui s'embrase, odore, répand ses fragrances inégalées, uniques. Profusion de fleurs que l'abeille sauvage butine et pollinise chaque jour durant. Alchimie végétale inégalée  que les êtres de la nature perpétuent  en gardant le secret.  La présence de l'homme s'écrit ici au passé, à l'encre rouge des invasions, mais aussi  à l'or des blés et de la pierre ciselée, de la sente sableuse et chaude  portée vers les hauteurs par les vents.
Anses et hauts-fonds lumineux  offrent de sublimes ocelles marines, une eau en camaïeux  tavelée,  cristalline à soufaits,   aux couleurs chatoyantes de l'émeraude.
Si la carte postale confine au cliché galvaudé, l'étant, le réel, ce que la nature dévoile,  convole, procède d'un tout qui sied au regard, à la pensée, à " l'énergie vagabonde ", à l'âme
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ANCIENNE_AIRE_DE_BATTAGE___PRESENCE_

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L'aire de battage émerge, invisible depuis le sentier, s'accote à la pente  
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En retrait du tracé que je suis, adossé  à la pente qui dévale vers la mer, une très ancienne aire de battage se devine. Elle émerge d'un tapis d'asphodèles et d'herbes folles  subtilement fleuries que la chaleur du printemps  et la voilure mouvante des oliviers sauvages exalte, attise.
Une aire bâtie en contrebas. Un mur haut et épais  la soutient dans son arcature parfaite !  Pierres sèches ocreuses du pays de Tassinca qui constituent l'enceinte des maisons traditionnelles de l'Île de Corse.
Je la découvre, malgré une dense végétation. Elle m'inspire aussitôt ces pensées qu'il me semble garder au tréfonds d'une mémoire commune, familière et si proche, perceptible telle une voix, cheminant sur la voie des Ancêtres.
D'entre les hautes tours  érigées  sur les caps et  les promontoires et les vestiges  des Anciens qui se perdent dans le maquis dense, je distingue   lointainement les feux et les sinistres signaux signalant l'arrivée imminente des envahisseurs mais  également  le chant des Anciens 
   battant et vannant le grain aux vents marins. 
Et ainsi, chaque pierre posée, agencée, soutenue, épaulée,  raconte une histoire, une tragédie, un fragment de bonheur  que le temps happe ou arrache  à la destinée, à l'amour, à la vie, aux aléas  et aux tourments de l'époque. Un mur dont chaque pierre, chaque espace esquisse  une phrase, un murmure que l'aire claquemure à toujours.
Et si d'aventure  le  manteau de maquis venait à se lever,  l'on y découvrirait et mettrait à nue l'âme d'une Terre pastorale, tant de foyers de vies  éteints, un hameau abandonné que la Corse mutique cèle
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PARMI_UN_RESEAU_DE_100_TOURS__

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Si les tours gênoises trônent, cernées  de silences, leurs meurtrières caves, en guise de regard,  scrutent à toujours  la mort venue des mers et du large.
Alors, que le passé fécond et fertile  renaisse de ses cendres et de ces feux tragiquement prémonitoires. L'engeance conquérante des rois et des barbares n'est plus de ce monde.
Marcher, errer, solitaire, livré au penser comme à l'oubli, réceptif çà et là, allant au gré de la découverte, évoquer malgré soit tout ce qui fut de bien et de mal, par-delà le lieu commun, comme si l'on préludait à quelques posibles pans d'éternité
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- MARIN - 
Images, Chants et Amour d'une Terre 
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