SITE__WINDSURF____CORSE_

DSCN5984

L_AGRIATE_ET_SES_PITONS_ROCHEUX_

 Laisser  charger les photos et les faire défiler, au bas et à gauche de la photo. Avec  A Filetta,  cette expression idiomatique corse 

 

Un ti scurda mai di a  filetta

 

La piste rocailleuse plonge d'emblée  à travers le maquis et ne laisse plus de sinuer. Pierriers et forts dévers se succèdent,  ponctués de vasques aux eaux boueuses, argileuses. Genêts et cistes de crêtes flamboient. Le vent  souffle fort. Un désert végétal  sitôt  apparaît et s'étend à perte de vue, couvre des  distances dont  l'on ne perçoit plus les limites. Arêtes sommitales, pics rocheux, ergs  granitiques,  profonds vallons, tombants  défilent sans dévoiler le tracé de la piste.

Elle mène pourtant  à la mer qui  se fait attendre, comme une promesse. Les kilomètres s'ajoutent  lentement au compteur. Mais rien de ce trajet importune, impatiente ; le lot de la découverte est un précieux viatique, une source d'émerveillement. Senteurs et  fragrances  d'un authentique printemps parfont une fresque insulaire haute en contrastes et couleurs.

 

L_AGRIATE__

A la terre fertile et cultivée  de nos Anciens 

 

Le véhicule  tout  terrain cahote,  tressaute, penche, engage et négocie   au frein - moteur des  pentes  inclinées, -  déclives terreuses et glissantes -,  parcourues  d'ornières  et de sillons croisés laissant parfois  une roue  tourner dans le vide, avant de  retomber lourdement. Eviter les rochers, franchir un obstacle au couple, enclencher la première  des rapports courts, se maintenir,  fortement agrippé à  la poignée latérale. Aucun répit. Le trajet  dure  environ une heure trente. L'air est doux, la luminosité :  intense. Le Libecciu souffle depuis  trois jours et ne mollit pas, du moins en altitude et sur les terres de L'Agriate. Il façonne  et polit  dans les ciels du Nebbiu et du Cap Corse de vastes  spires de givre.

D'aucuns s'étonnent, incrédules, quant à la véracité et la probabilité d'un désert sur  l'île de Corse. Sourire, éclats de rires gras et impudents ! Je les invite à  traverser L'Agriate, d'Est en Ouest, du Nord au Sud,   hors sentiers balisés comme  à tracer leur route, en plein été, au mois d'Août, avec pour unique  réserve  d'eau, celle qu'ils trouveront en chemin, au gré des sources ancestrales nichées dans le profond maquis côtier. Un enfer végétal et rocheux surchauffé à blanc  les attend. Les distances  à couvrir ne s'évaluent guère  en kilomètres  mais bien en temps, le temps de la pensée et de l'humilité. Plus de 15.000 hectares d'un massif  sillonné de combes, de monts et de vaux, de bois  ras  et endémiques, de halliers  dont l'enchevêtrement  confine, étreint, étouffe, jusqu'à l'épuisement et le découragement inévitables.

 

SPOT__CORSE_

CHAUMINE__CORSE_

 

Arrivé  à un col dénommé, - incontournable point de vue -,  la mer apparaît, surgit dans toute sa splendeur ; elle se  révéle, moutonne, blanchit. Fabuleux balcon, saisissants  tombants !  Les époques  n'auront  ici jamais passé mais s'incrustent ... La nature exulte, vit le printemps comme aux premiers jours de l'harmonie et des  grands équilibres !  Plusieurs plages jalonnent les contours  d'une côte dentelée, rocheuse où se perdent et se fondent  les collines, les vals. Festons  sableux étincelants, étangs,  dunes épaisses, les vents et le sable ont  ici marqué et  laissé   leurs empreintes jusque très   haut dans le maquis  littoral.  Tel un pacte d'alliances, aux noces de la terre et de la mer, en plein ciel et que le massif Corse contemple, solennel.

La mer de Balagna poussée par le vent fort  élonge les côtes, regagne  les eaux bleu-roi de la mer  de Ligurie. Le puissant Libecciu en est le liant, le révélateur. L'eau vire au vert - verre  tourmaline au diapason de la remontée des fonds. D'épais rouleaux d'écume  portés au  rivage  s'étirent sans bruit en s'alignant aux dessins du relief ; instant féerique, la pleine nature  subjugue. Pareille beauté du paysage  laisse sans voix ! Les fleurs sauvages, par myriades, simulent le sacre des étoiles...

Plusieurs anses ansi  se détachent, interpellent, offrent  quelques possibles  havres de paix, des pannes naturelles où relâcher le temps d'une providentielle escale.

Les Anciens, qui cultivaient jadis les terres du grenier à blé, entreposaient leurs  récoltes dans des paillers et commerçaient  du Nord  au Sud, entre la Balagna et le Cap Corse, San Fiurenzu,  par bateaux. Ils mouillaient donc  au plus profond de ces criques abritées des vents et des  houles. Remonter en carioles, lourdement chargés,  les  quinze kilomètres de chemins fortement abîmés par l'érosion eût été impossible ou trop  long. ( Informations, selon J-V Bordenave - Ecole de Surf / Stand Up Paddle  du Cap Corse )

Arrivés au terme de la piste, un ensemble imposant de vieux pailliers occupent les lieux,  les champs  herbeux et ombragés. Nous sommes seuls et le ressentons fortement. Le  domaine parle, libère une étrange  énergie. Ces masures basses et  trapues ont été  " restaurées " et sommairement aménagées à l'attention des randonneurs. L'escale est unique, vaut le détour, au terme provisoire d'un long sentier de randonnée.

Le chant des vagues domine,  traverse  l'épaisse frondaison des oliviers aujourd'hui sauvages. La lumière est intense. En retrait, en contrebas,  une roselière  circonscrit  la zone humide attenante, oblongue. Le grau reste provisoirement ensablé. Quelques ramiers s'envolent, lourdement. Vie secrète, ubiquiste présence !

 

EXPLORATION_SPOT__CORSE_

 

EXPLORATION__COMMENCE___

MER_DE_BALAGNA_

 

Plusieurs  dizaines de mètres  séparent de la mise à l'eau. Le sable étincelle, immaculé, dense. Maints horizons, autant de dimensions  évoquent le temps immuable. 

Ainsi du cours de la  durée dont  nous  sommes les humbles  passagers,  s'y inscrit ;  que vaille le sursis ! 

Ainsi,  des étendues azurées,  dont la Méditerranée Occidentale, infiniment perse ; du  ciel abyssal que le Libecciu purifie ;  d'un désert  minéral et  végétal, en amont,  tendant  vers  les quatre points cardinaux en  simulant l'ondulation  et le flottement  d'un mirage ; 

 

GYRE__LENTICULAIRE___CORSE_

 

Enfin, du domaine de tous les mystères que le maquis recouvre, cèle à perpétuité. Forêt basse et primaire que les soleils mordants des canicules  semblent ne plus atteindre, autant d'espèces  endémiques qui y vivent et qui résistent  aux aléas d'un climat rude, aux écarts de températures extrêmes ...

Avant de rejoindre la noria  des vagues, il me faut rassembler au  présent tout  ce qui alentour oriente à jamais le sens d'une telle échappée, hors saison, sans cliché, afin de participer de l'intense partition d'un jour.

Je découvre  depuis la mer un site unique. Les plus  hauts sommets ennéigés de l'Île de Corse pointent, dominent le linéament des collines. La dune  émerge du dos  des vagues  lancées  vers la côte. Un bois  de pins maritimes  jouxte les  brisants ; contrastes insolites !

Quelques paillers se devinent  entre les arbres à la faveur des ocres de la pierre, de la lauze  clivable du pays. Dans les lointains, le Cap Corse  se dresse  comme il  retombe, abrupt, accore. Une imposante  balafre réveille  de tragiques  souvenirs, en l'occurence, la vie des  damnés de l'amiante. Vers le Nebbiu, la Haute Balagna, les cimes accrochent les nuages et  donnent un élan vertigineux aux  montagnes,  au  massif  méditerranéen de l'arc alpin. 

Une telle diversité de lieu et de vie interpelle. L'émotion capte l'indéfinissable, les ondes latentes  des temps anciens,  malgré les années, les siècles qui distancent. J'imagine  tout ce que la végétation aura ici englouti, caché, recouvert,  de vestiges, de traces et d'activités  humaines, d'histoires et de légendes à toujours égarées, perdues.

 

U_GHJATTU__VOLPE___L_AGRIATE_

 

Nous dînons à la nuit tombée, sous un champ d'étoiles. Un Chat - Renard,  endémique des lieux, nous rend visite. Nous  partageons  le fromage. Mais il  reste sur ses gardes, craintif. Pelage tigré, dessins annelés, larges oreilles, nous devrons confirmer l'espèce. Puis il  disparaît dans l'obscurité ; nous l'avons nommé, pour la circonstance.

Sommeil agité ! Le vent tourne et  forcit ; le véhicule roule sous l'effet des bourrasques ...  Après minuit, la lune et son croissant roux  s'en  reviennent des profondeurs du  désert. Au petit  jour,  le ciel  se révèle, rougeoyant, dallé, comme une apothéose. Nuages en toupie, - A Seppia, dit-on en langue Corse -,   oeuvre magistrale des vents  violents d'altitude que les  montagnes projettent dans le ciel. Ils sculptent l'impalpable et coiffent les sommets. Les vagues de la veille  sont tombées, le vent également.

Il faut repartir, quitter un  pan de paradis, l'espace d'un rêve.  Le domaine sommeille ; intenses  vibrations !  Regarder  une dernière fois les palliers,  imaginer,  non loin et au bord de la mer, leur probable aires de battage que le  maquis dense recouvre.

Le groupe culturel Corse, A Filetta,  entonne en choeur  la  mélodie des sources qui ne se capte pas, que l'on ne détourne pas, l'existence au temps des pailliers  de l'Ustrigoni

Laissons au plus grand des jardiniers, au numineux de la création  parer l'Île bouquetière de ses plus beaux fards et atours

 

PANACHE___LEVER_DU__JOUR___SIGNES_DU_CIEL_

DESERT_VEGETAL___CORSE_

-  MARIN  - 

 A la Recherche du Temps Perdu 

1 ère Ecriture le 08 Mai 2021 

2 ème  Ecriture le 09 Mai 2021 

PRINTEMPS_L__AGRIATE_

 

_____________________________