MER_GROSSE_LIBECCIU___HIVER__GRAND_SUD_

 

Il n'y eut aucun solo

Je me suis assis sur un rocher, à l'abri du vent et des vagues. J'ai longuement regardé la mer. Comment  s'y engager, oser  s'élancer et regagner ce chaos pourtant parfaitement  organisé, réglé, chronologiquement  orchestré.

L'automne météorologique  prend fin. L'hiver s'annonce. A l'avant de la dépression, de la pensée bipolaire, le puissant Libecciu me révèle un visage inconnu, des faits inédits, une mer  telle que la nuit obscure cache souvent. Face à de telles conditions  de temps, il est des personnes prises de  vertiges, d'un indicible et irrépressible besoin de crier à perdre haleine ! Pourquoi donc ? Mystère que l'on abandonne à l'intime de soi, à la lointaine souvenance, à la mémoire de la Mer - mère ! ... Je n'évoquerai jamais le mauvais temps car la Nature  ignore les vils horizons de l'engeance ! 

Je promène mon regard vers tous ces rivages pourtant familiers, si souvent apaisés et harmonieux, cette côte exposée à tous les vents d'Ouest, au Ponant, au Mistral, qui antan,  verdoyait, ondulait, fabulait  mille mirages d'îles  sauvages et que l'incendie meurtrier et ciminel aura profondément  comme à vie d'homme dévastée, brûlée, figée dans des contorsions de bois de fer et noueux terrifiantes.

Le Libecciu, le vent fou hâlant le grand Sud-Ouest et ses  horizons bossués, les hautes lames que traversent les rayons  d'un soleil bas,  masquent les témoignages de la tragédie passée, les restes de ces forêts de genévriers maritimes calcinés.

Le vent souffle, étali,  en violente tempête. Les masses d'air s'affrontent, invisibles, palpables, encore saines, douces avant que de virer à la traîne froide et cinglante.

Les flots vont comme hérissés, terrifiés, irisent le lent déclin de la lumière solsticiale. Teintes et contrastes d'abîmes oscillent entre jour et nuit. Les marins, antan, évoquaient " la peau du Diable " ! Métaphore de circonstance qui  interpelle.

La pensée va, vague, abonde le récit, erre sans fin et je ne regrette plus  l'assignation à terre que les éléments me suggèrent, avec  sagesse. Vient  aussitôt le  temps de la consolation. Je le dédie  à l'écriture, à l'évocation, à la divagation prodigue de prose marine, à la pensée, à l'éveil, à l'harmonie. Aurais-je assumé pareille mer et violence des vents  ? Certes, non ! 

Plusieurs décennies dévolues à l'observation, à l'image, au témoignage ne m'auront jamais livré un tel spectacle, à l'intime d'un vaste golfe de l'Extrême Sud de l'Île de Corse. Les relevés  de vents émis   depuis le  Sémaphore référent  tutoyèrent les 80 noeuds en rafales et, 55 noeuds de vents  moyens.

La provenance  du flux   percutant les tombants et  les accores  de la zone marine de plein  fouet leva une mer grosse. La côte renvoya alors vers le large  l'écho dense de vagues exceptionnellement hautes et massives. Une mer si creuse où les lames brisaient  sans fin, en tout point, toutes à la fois sombres,  émeraudes.

Je demeurai de longs moments, contemplant l'aura de la tempête, l'oeuvre majestueuse des éléments qui depuis les plus hauts sommets et  vers  les champs de l'azur dense,  participent indéfiniment  de la beauté, des vérités solennelles et souveraines des îles qu'il nous faut relater sans cesse, asséner au culte de la laideur et de la cupidité

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- MARIN - 

Tempêtes et Grosses Vagues  - Corse 

1 ère Ecriture le 17 Août 2021

 

http://marin56.canalblog.com/archives/2012/11/28/25693300.html 

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