LAISSER_LA_DUNE_SE_DEFENDRE_ET_COMPOSER_

L'arbre est à la dune  ce qu'il est au versant, au tombant, fût-il flotté, sec, sans  vie ; il l'abrite, au-delà du temps et compose, participe du tout, de la niche à l'ombre qu'il prodigue

 

Extraits de l'ouvrage fleuve et si  dense de Sylvain TESSON où,  récits, témoignages, voyages, raids aventures extrêmes, poèmes, pensées philosophiques,  expériences intiatiques  s'enchaînent et se croisent, se retrouvent sans fin sur les sentiers  non battus et peu communs d'un homme d'action, en perpétuel mouvement. Au grand voyageur, au passeur d'exception.

Ces écrits recèlent  tout  ce que ses pas auront engrangé, un à un, par - delà les  frontières, les pays, les nations, les continents, la diversité. Un livre que l'on garde près de soi  pour vaincre, enrichir  les insomnies, afin que la nuit ne vienne pas troubler le fil de la longue route, de la traversée, de la croisière hauturière d'altitude, des steppes, des déserts.

L'auteur, avec une profondeur et une justesse de vues rares et  sensibles, relate, informe, pose les faits au plus près de l'espace - temps qui nous  définit en  usant du recul de la marche, de la chevauchée, du voyage à vélo, à moto, à traîneaux, à mains nues ...!

Voici donc une deuxième volée d'aphorismes qui m'ont interpellé, allant autour de la pleine Nature, des grands espaces, des pensées,   à l'aube d'autres cheminements de hauts  vols 

CORSICA...GO56

 

Aphorismes dans les herbes

Et autres propos de la nuit

 

 

_   Embarcadère : la promesse de l'eau.

_  La mer nous cache quelque chose.

_  Les figures de proue  ne savent pas nager.

_  Sillage : la mer  cicatrise.

_ Presqu'île : la terre tâte la température avant de se jeter à l'eau.

_  Les rafales sont les claquements de mâchoire du vent. 

_  Le ressac ne fait  jamais grève.

_  Cet homme qui fixait la houle d'un regard  vague.

 

_  Et si c'était par désespoir  que les fleuves se jetaient dans la mer.

_  Les îles sont des citadelles, elles ne reculeront pas, la houle est une cause perdue.

_  Je me suis installé sur une île. A présent,   j'attends qu'elle s'en aille.

Méduse : la mollesse dangereuse.

Le ciel est la voile du navire terrestre.

_   Il y a des pensées profondes comme le sommeil.

_  Evangile du voyageur : aime le lointain  comme  toi-même.

_  Bering, Laptev, Barentsz : une vie pour  donner à une mer  le nom de leur père.

_  Le courage de ces huîtres qui ne fuient pas quand la tempête arrive.

_  Huître, rocher au coeur tendre.

_  Marée : on efface tout et  on recommence.

_ Le silence : habit de la beauté.

_  Le ciel a la couleur des ecchymoses.

_  " Ecrire ne fait de mal  à personne " ( Phrase gravée au couteau sur ma peau ).

_  La poésie est la  traduction dans le langage des hommes de ce que les  choses pensaient pouvoir garder pour elles.

_  Se noyer dans la mer doit rappeler des souvenirs.

_  Certains hommes - comme certaines étoiles - ne savent pas que c'est déjà  fini.

_ Poésie : le monde accepte d'être décrit avec des mots qui n'ont  rien à voir.

_ Aphorisme : pensée qui vient à l'esprit après l'avoir  notée.

_  Je crois au  progrès et à l'évolution  de l'homme. Vers son autodestruction.

_ J'ai fait le tour du monde. Si Dieu existe, je comprends qu'il se cache.

_  Nature humaine, oxymore.

_  Le vent est un loup dans un troupeau de nuages.

_  La peinture : hommage de la lumière au silence.

_ Je ne crois qu'à  la fidélité de l'ombre.

 

!

 

 

Sylvain TESSON  

L'Energie Vagabonde 

Paru aux éditions  Robert Laffont -  Paris 2020        

Pages  1153    à     1212 

 

_________________________________