L'ODE AU SOLO ! ...
Un solo ne signifie pas exclusivement pratique hors des sites communs. Plus de 100 Km/h de vent établi avec rafales à près de 120 Km/h ( + de 33 mètres par seconde - 65 noeuds ) suffit à déserter les lieux ! Personne, ce jour... Sans doute l'une des échappées les plus ventées que je connus, dans le grand Sud de l'Île de Corse. Qui plus est, météo - France se trompa ! Pour ne pas changer ! si bien que j'emportai 3.7 m2, en guise de plus petite aile. Je travaillai mes réglages de telles sortes que cette aile étalât les bourrasques d'un violent Ponant hissé au rang de " Violente Tempête " !
La traversée du Silence ! Au milieu de la foule, jamais plus seul ... Il est moins risqué de vivre un Solo. A ce chant qui ne me quitte plus, depuis si longtemps, magistralement interprété selon les canons grégoriens ! Echos, quasiment a capella et un décor évocateur, signifiant, signifié...
Le vent fut si fort que lors de cette envolée, je dus provoquer et forcer l'inclination de ma planche courbe, afin de poser. Cette inclinaison, sitôt obtenue, la bourrasque appuya alors sur le pont si bien que je fus fortement précipité
On peut gravir tous les sommets des Mondes, les stacks les plus hauts et acérés, franchir des distances déraisonables quelque soit le vecteur associé, de la marche à l'engin sophistiqué, l'on ne sera jamais plus exposé que sur la mer en furie, à bords des vents violents, au coeur des grains blancs, noirs, en Solo, à quelques encâblures des rivages, des écueils, des récifs ou pris dans l'étau de vagues immenses, énormes
!
Un espace - temps que toutes les sources de l'énergie magnifique et naturelle redéfinissent, sans jamais le circonscrire, confiner à l'habituel, au prévisible, à l'expérience ou la maîtrise érigée en guise de finalité capitalisable.
Un absolu qui n'aurait d'égale qu'une totale abnégation, à l'aune du don, d'une forme de partage incessant que l'être aux Mondes consent, accepte, aux termes de l'acception de limites, de seuils, de risques valant toujours comme impondérables, aléatoires issues. Guises de dialogues entre l'un - conscient, la destinée, le hasard, la chance, la fortune de mer inhérente à toute échappée de ce type, en trois dimensions
!
A partir d'un certain seuil, lorsque le vent ne cesse de monter, devient et se maintient : violent ! Que les rafales encore surprennent, brutales, soudaines, tels de fortes secousses, adopter la posture qui permette toujours de regarder, contempler, au vent, sous le vent, au loin, derrière, creusant et approfondissant ainsi un fabuleux labyrinthe où jouer, musiquer, panser l'accroc à la vie ! Unique thérapie ...
Mais au-delà toutes considérations, arguons du fait que l'essence du Solo, les motivations qui en sont à l'origine, le désir et la volonté qui le mènent à bout, à l'issue d'une aventure exposée, prend une toute autre signification, revêt un ensemble de révélations que les îles exaltent, diversifient. Elles en amplifient à la fois la portée, la signification, le symbolisme, un rapport au temps dépossédé de toute entrave, de tout souci de nature temporelle mais éminemment immédiat, spontané, réactif, tellement et toujours fortement engagé
L'immensité que l'horizon en fuite et sans limite révèle aplanit la mer qui pourtant se forme, grossit, culmine et pyramide parfois, de la côte vers le grand large. Une représentation que les sens faussent aux premiers regards dès lors que le vécu et le recul manquent à l'appel du propos et de l'évocation objectifs.
La dimension du solo demeure hors du commun, s'assume, se conçoit avant mais surtout, après, une fois que le retour sur Terre clot l'envol passager, cette fuite vers un ailleurs hermétique, vis à vis duquel on interroge les mobiles et la déraison qui le soutendent et l'expliquent.
Une relation fusionnelle aux Mondes d'avant, d'après ; l'Eau - Delà valant rite initiatique, vaudrait apprentissage de l'après, une confrontation directe et sans compromis avec la probabilité tangible et palpable de la mort, fût - elle mêlée au jeu, à la découvrance, à l'émotion, à l'émerveillement, à la violence aussi que le solo imprime et marque de son empreinte, à chaque fois
!
Alors pourquoi ces Solos, parfois si éloignés des terres, sans aucune assistance, de plein gré, au vent de dangers tueurs ? Je me suis souvent posé la question, sans jamais trouver de réponse catégorique. Je garde en moi comme une sensation de flottement où résonne l'écho d'un appel irrépressible que l'âme perçoit, que le corps ne saurait assumer et traiter indéfiniment...
Le Solo devient justemement cet aparté hors du temps, de la durée, sibyllin précipité de l'instant où l'équilbre du terrien se prend à voler avec les pieds ! Un voyage sur la mer, un esquif vélivole, l'océan dans le regard et la plénitude ou la liberté, loin de tout cliché, lieu commun. Une quête aux lendemains comme à la fruition denses, intenses, prometteurs et divinatoires à la fois
D'où l'ensemble de ces écrits que je réfugie ici, au fil des pages de ce Journal de Bord qui me définit, me destine, m'absente, me distance, depuis que planent mes pensées en mer.
Sources intarissables que les ciels, la mer, l'océan, le dessin des Îles à l'aube, posées sur l'azur, festonnées d'écumes et de rouleaux
Si je devais opter pour un souvenir personnel, que j'emporterais avec moi, au-delà, à la fin de la traversée, je choisirais un champ densément parsemé de moutons, balayé par la tempête, entre deux Îles, cet ouvert d'un détroit où le temps chute brutalement vers les origines de la vie, ces champs azurés que le Ponant élève de la terre jusqu'au ciel comme un plain - chant familier.
Enfin, à titre de " conclusion " partielle, le solo évolue autour de nombreux pôles circonstanciés, personnels, consentis, malgré des situations de ruptures ; je me dirais, tant averti, jamais inverti : bipolarité, réclusion probable à perpétuité, examen de conscience, fuite, loin du paraître, autrement que devant la création, en toute humilité.
Que de pensées en mer fluent comme eaux torrentielles
Et quand le Puffin Cendré, petit Albatross de Méditerranée, survole la lame qui fabule déjà le large, lorsqu'il croise ma route, je loue cette ode aux solistes que la mer destine et distance. Immensurable privilège, révélation
!
Il volait seul ! Comme vers TESTA, lorsque je le reconnais, à son aile portant une cicatrice : " Ange - Puffin ", mon seul Ami !
MARIN
Catégorie du Site
" SOLOS EXTRÊMES "
Le 04 Avril 2025
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