LA MER DU VENT ! ...
La mer du vent vire à l'infini ! Les lames, les vagues règnent, ubiquistes, soudaines, se rattrapent et se juxtaposent ... Abnégation, sans concession, là évolue le solo ! La force des vents ne se révèle qu'après l'échappée, étonne ; mais elle n'est jamais fin en soi, défi ou pari. Un point de rencontre, peut-être !
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Cinq sorties, entre les mois de janvier et d'avril de l'an 2025 ! J'aurai exploré plus intimement la Mer du Vent, seul, à chaque fois subjugué ! Des images signées " Emmila " pour CORSICA ... GO56 & Marin, embarqué à bord du vent fort à très fort, voir violent ( Un rappel pour Mars 2023, même destination ) ...
Toutes les prises de vue ont été réalisées vers Vintilegna, là où les vents et la mer se précipitent et se ruent dans le vaste golfe et ses baies adjacentes.
Petites toiles ( 3.2 m2 ) et petits flotteurs obligent, précisément réglés, minutieusement contrôlés, harmoniés
!
Bons vents
Cris
!
Glisse, envols incessants que le petit " tourmentin " étale encore ! Il n'est plus question de fuite, de cape courante à bord de mes planches courbes ; s'élancer, tenir, s'assumer pour revenir : une humble équation !
D'aucuns auront déjà magistralement évoqué la " Grosse Mer ", " la Haute Mer " ... Je pense à Emile Verhaeren, Victor Hugo, tant d'autres illustres plumes
!
Au vécu intense et forcément solitaire ! A l'immersion comme à la relation fusionnelle qui accompagnent ces lignes. Prose marine que les mers de Corse et des Îles réveillent, autant qu'il m'en souvienne et m'en revienne, du plus jeune âge.
Mais de la Mer du Vent, t'en souviendra - t - il, après ?
A tout jamais, guise d'éternité
!
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Et si nous l'évoquions autrement, tant elle poétise et rime avec tous les vents de l'azur, de la terre, des ciels de nuages que le Septentrion fleurit !
Une prose sensible et fidèle au zéphyr comme aux puissantes galernes ! Ô aquilons, vents de Borée qui sévissez et rudoyez l'hiver en élongeant les Îles au Levant, au Ponant
...
La mer ainsi en allée, précipitée, rapide, s'enfuyant au rythme enivrant des moutons innombrables, des lames aux longues traînes d'hyménées. Rouleaux avalancheux partis à l'assaut des tombants et des révolins, qui viennent mourir aux pieds des falaises en butant contre les dévalements du temps
!
Ces horizons en fuite qui de Sounion au Cap Marianon fabulent tous les grands départs, les portulans de la Grande Bleue, les légendes et les mythes qui nous manquent cruellement dans un monde qui mute et vire à l'odieuse entropie décadente.
Ainsi du puissant Meltem, du Levante, de la Tramuntana quittant les Bouches et le Détroit Corse - Sardaigne en blanchissant le large, en pointant le rivage des Scythes, les Colonnes d'Heraclès, la mer d'Alboran, Palos, Cabrera !
Ainsi de leurs vagues qui ressemblent aux nuages, nimbées de brumes d'embrun. Lignes incessantes auréolant l'aube et le couchant, quand montent comme un plain - chant des champs de silences lactescents et lointains.
Je la sais mélodieuse et tonnante à la fois, bonne et redoutable lorsque le ressac obstiné, impitoyable retient et rappelle l'âme à la mer des trépassés, des pauvres migrants chavirés
!
Tel un ciel immensement dense et mouvant, elle recompose et confond les azurs. J'évoque avec mon aile la brise marine qui comble la petite baie. L'ouragan qui s'engouffre entre les bras repliés de la terre et des îles qui lui cèdent, lorsqu' elle fuse avant de s'enrouler, de dérouler autour des caps et des pointes. Fluence massive et véloce que les fonds exaltent et ouvragent en ralliant la surface, en figeant de précieux mirages.
Quintessence de l'éphémère. La beauté rebelle ne se discute pas quand elle sourd des éléments qui l'habillent et parent la côte safranée et pétrée ; un " Eau - Delà " des mots, des images, des pensées. Aux actes qui s'en approchent et rêvent les yeux diluviés.
Et ce n'est pas encore la houle, la mer rangée qui raconte et témoigne du large dont les vastités déjà se sont apaisées. Elle nous écrit de la nuit des grains, de la furie des eaux chaotiques, en impose, exige et, souvent, circonscrit les termes et la limite de l'ivre de ses échappées belles
!
Dans le lit des vents, elle révèle le haut - fond, l'écueil qui brise au loin, cerne l'amer et le danger isolés ; îlots aux vastes nappes neigneuses, aux camaïeux fulgurants ! Albédo, radiances féeriques inclinant au merveilleux ! Appels irrépressibles dont on dit qu'ils nous reviennent du chant des sirènes, des compagnons d'Ithaque ; échos, ivresses marines ... Qu'importe, l'imaginaire lui confère et lui reconnaît toutes les séductions que nous eûmes certainement une fois vécues en quittant la terre, sans aucune certitude de retour, sans peur
!
La mer du vent est généreuse tant elle accorde ses largesses ! Un espace - temps à jamais pareil, si riche d'opportunités, de découvertes, de rapports à l'onde qui allègent et emmènent et dont la taille parfois masque la véhémente rafale. Je m'y abrite un court instant en glissant, afin de virer de bord, alors protégé du tumulte.
Mais elle ne connaît parfois aucune limite, tempétueuse, violente et brutale ! Implacable désert ondoyé où les vents s'élancent sans le moindre obstacle qui ose briser son élan. Chaque vague dressée concourt à élever encore plus haut le creux, la cambrure, la profonde vasque qui la précède.
La mer du vent résulte de la durée, de l'intensité moyenne et paroxystique du flux, de l'étendue sur laquelle se déchaîne et s'éploie Eole mais également de ses variantes, d'un courant contraire ou déviant. Indéfectibles alliés aux panaches majestueusement rebelles.
Vient alors l'image du chaos ! La mer courte, hachée, rude et dure, parcourue de moutons innombrables et de crêtes écumantes. L'esquif et le volier tossent, souffrent, endurent, fatiguent au diapason de la toile qui se fait petite, insignifiante. Eloge de la fuite, de la solitude qui se couche et cède à l'immensité
!
Infiniment évocatrice, elle se révéle à la semblance d'une toile de maître allant au gré des heures, des saisons.
Qu'elle naisse à l'aure ou au petit jour, tiède haleine de la vallée ou souffle de la mer rompant à l'appel d'air des montagnes comme jusant et flot des marées, la renverse sur la mer laiteuse qui décide de houler, la mer du vent s'oublie pour mieux et toujours se réinventer, fasciner, émmerveiller.
Longues écharpes de neige ou congères, la renverse l'affole. Les vagues qu'elle origine, sibyllines et nues, dansent au milieu de nulle part comme des fées
!
Participer de ce ravissement, embarquer sur les flots, planer à bord de la mer du vent révèlent la nature, la préciosité des azurs alchimistes et souverains que les îles transcendent et subliment en quittant le rivage, si haut dans le ciel, au-delà des nuages. Mirages
!
A la mer du vent qui emmène, qui pousse si loin, qui teste les allures et les trajectoires ! Les bords rocheux défilent si vite. Il me faut remonter, hâler le Ponant et, recommencer. La mer du vent épuise, éprouve autant qu'elle exalte ! ...
MARIN
De cet au-delà, ailleurs, demain, hier, depuis toujours, différemment, un tantinet poète ou prosateur, je relate et confie ces lignes et ces pensées au vaste Journal de Bord d'une vie que la mer et le vent éveillèrent un jour,
embarqué que je fus à bord des Messageries Maritimes, du paquebot " Vietnam ", parti de Saïgon pour rallier Marseille, via le Canal de Suez - Port Saïd, un mois de Juin de l'an 1964,
lorsque le bateau essuya et étala une queue de typhon, au passage du Détroit de la Sonde. Nous étions au coeur de la mousson, entrions dans l'Océan Indien.
J'avais sept ans. Je m'étais calfeutré dans une chaloupe située au dernier pont, dont j'avais partiellement ouvert le taud. Je demeurais ainsi de longues minutes, fasciné. Ciels noirs, horizons barrés, pluies battantes et embruns mêlés, mer du vent démontée, irréelle et si belle à la fois
!
Alors que les nurses du navire me cherchaient, je fixais l'étrave du paquebot lancé à l'assaut des lames, de la grosse mer que le typhon soulevait, qui plongeait entre deux collines d'eau massives en générant deux énormes vagues sur les côtés ; révélations, craintes, certes ! mais comme un attachement inexpliqué, qui me submergea, qui me marqua à toujours
!
Profondeurs de champs bleu onirique ! Relance sur des vagues qui neigent. La mer du Vent : Souffleur de vert !
MARIN
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Le 25 Mai 2025
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