A TESTA SE CACHE POUR MOURIR  OU DE L'EVOCATION EN PROSE

 AVANT QUE NE MEURENT LES DERNIERS BASTIONS INSULAIRES

NATURELS

 

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EMBLEMATIQUE TESTA

SINTINEDDI  TESTIMONE A L'ETERNU 

A TERRA CORSA UN HE A VENDE 

!!!

 

Harmonies au seuil du sacré et que la Mère-Nature s'évertue à péréniser, sagesse ou complétude de l'Au-delà ? Il s'en retourne du commencement du monde quelques versets de Genèse sans trace de raison et de papier qui les eûssent bafoués

 

On y écoute ici le long poème du divers et du temps. Les lames et les déferlantes auront obstinément et vainement dénudé la terre, hérissé en murailles la côte de blocs cyclopéens. Entre vaux et collines s'épandent les champs antiques où quelques bergeries accotées aux figuiers et aux ronciers-lianes achèvent de crouler. En contrebas, deux aires de battages se cachent parmi les longues férules et autres plants odoriférants de la prairie. Les oiseaux les survolent et distinguent comme deux yeux hagards, deux pupilles géantes et pétrifiées qui figent la ronde passée des bêtes de somme et la traîne de la masse qui tonne en roulant. Combien de rus et de ruisseaux courent les vallons en bruissant, en chantant ? ils se cachent comme les sources ancestrales que seuls les passereaux et les rongeurs feignent d'ignorer et quand les sangliers de toujours viennent étancher les rudes soifs des étés torrides. Des sentes parcourent encore le maquis ou du moins préservent l'empreinte rassurante de ce qui fut jadis un immense domaine de terres emblavées, si fertiles. Au loin, dans les torpeurs de la saison qui vrombit, la foule s'amasse tandis que vers A Testa monte le silence recueilli des grands espaces et du large. La brise et les vagues composent la trame des jours et des nuits ;  le grand Alchimiste consacre le fraie perpétuel cher à chaque saison.

Une mare temporaire, un étang, une lagune et son cordon, de l'eau saumâtre, une jonchaie qui renaît, partout de divines moires où les limicoles jouent à s'effrayer et à prendre de majestueux envols en déchirant l'air cristallin. Parc, réserve, sanctuaire : peut-être ! mais avant tout une ode à l'existence, au divers, au printemps, au renouveau, à la lumière, aux univers sans fin de la Nature fidèle et vraie mue en ellipse, inscrite dans le cycle merveilleux des renaissances.

La mer jouxte l'immortelle  parfumée et le genévrier littoral à larges baies odorantes. La dune que les tempêtes épargnent des vagues et du ressac, des courants, s'est réfugiée plus haut tandis que des rochers et des galets en multitudes accompagnent les palabres de l'azur jusque vers les îlots acérés, érigés en remparts, en brise-lames. Les arbres se sont couchés aux vents nouant et enroulant leurs racines dans les sables limoneux ; ainsi de la sagesse qui ennoblit ces lieux emplis de fleurs au printemps !

Plus à l'Ouest, l'Archipel des Bruzzi et son dédale, au Sud, le Causse Bonifacien et ses falaises de craies vertigineuses. Des enclaves, des niches et des anses ; il n'est là que fascination et amour du vivant, horizons voyageurs et prometteurs. Entre ces deux rives, un Golfe terrifiant aux jours des coups de vents qui se lamentent : Vintilegna ! entre " Cap Marianon "  et Phikaria ... Quant  à  : A TESTA, elle sera toujours à mon âme un pèlerinage aux sources de l'harmonie, un balcon qui comme Sounion lance une oeillade aux dieux de l'Olympe les jours grisés des senteurs du Livanti figurant le puissant Meltem en partance pour la Crête

!

MARINARU D'OTA

 

Je voudrais que nous évoquions le visage tutélaire et vénérable d'une Île, d'une " Terre d'Ex-Île " ; ains l'aurais-je dénommée.

Il y a urgence ! J'en évoquerai avec vous, pour vous peut-être aussi ses pans et ses traits ineffables qui se perdent aux confins d'un vaste sourire à l'azur et que deux Îles majestueuses dessinent vers l'Orient et le Ponant, du levant au couchant. Là-bas, les vents règnent et façonnent la pierre porphyroïde et la craie comme si deux mondes géologiques toujours y rivalisaient. Les tempêtes d'Ouest ou de Libecciu sont si puissantes qu'elles couvrent d'écume et d'embruns le haut plateau nommé Piale ou Causse Bonifacien. La rose des vents s'enivre de leurs parfums dévalés des monts, des poussières rousses accourus de la lointaine Afrique Sahélienne, des sables ocreux du Shergui, du givre cinglant des abrupts de l'Adriatique aux jours glacés de la lointaine et puissante Bora.

Il n'est ici qu'une onde d'éternité que l'on se doit d'honorer. Le rivage demeure intouchable. Les siècles le parcourent sous nos yeux sans qu'ils l'eussent jamais blessé. Il ne porte que les meurtrissures d'un terrible incendie criminel perpétré il y a plus de vingt ans. Il est vrai que ces franges de terre insulaires portées sur la mer par l'ouvrage des massifs montagneux déclinent vers l'infinie beauté et louent tant de métamorphoses inattendues et heureuses...  Voici une fresque où la diversité rime avec la vie en toute sérénité. Les hommes de la préhistoire en avaient fait leur Thébaïde, tant d'oasis. Mille lieux de provendes, de chasses et de pêches, des abris sous roches au coeur d'une nature lumineuse et luxuriante. Aujourd'hui, en volant, en planant, en glissant, les hommes auront déjà goûté aux splendeurs et aux calmes olympiens de ces côtes étincelantes de clartés, de transparences, jalonnées de sablons dorés, dons des hautes montagnes érodées qui les dominent tout près et que les torrents charrient inlassablement en dessinant la frontière des vastités, entre figements et mouvances inaltérables.
J'en viens à nommer la Terre, un monde, un univers à part jalonné par l'histoire, les époques et les facéties d'un Peuple secret que l'honneur détermina et arma pour des siècles contre maintes velléités de conquêtes : A TESTA !

Ainsi de l'emblématique visage, une Île au bandeau  de nuages enfin relevé vers tous les horizons, libre et rebelle comme les vents qui seuls l'investissent et la révèlent, de l'onde aux cimes altières dans les bleuités enneigées du Mistral. Longtemps oubliée ou reléguée dans les arcanes de l'évolution et de la spéculation très gratifiantes, elle demeure à ce jour quasiment inviolée, marquée du sceau de l'espace remarquable et du patrimoine, de ses charmes souverains. De splendides ruines attestent de son passé d'attention et de prodigalité, entre ruralité et seigneurie locale. Les aires de battage jouxtent des édifices fortifiés aujourd'hui délabrés. Le regard ne s'y perd jamais mais plonge vers l'azur que l'on attribue aux Îles majeures, aussi pur et profond que l'aube des alpages ou de l'estive, qu'un cap au-dessus des abysses. Et quand les longues houles s'en retournent du proche Océan, de l'Occitanie ou de la Tripolitaine, lorsque l'hiver effrange ses rives échancrées et découpées élançant ses anges d'écume sur les brisants affolés, A TESTA VINTILEGNA, alors sanctuaire des solitudes hiémales clame l'au-delà, hèle envers et contre tout ses beautés rebelles et farouches que nul ne s'accordera au prix injurieux du parjure et de l'infidélité à la Terre de Corse. Certains chanteront que  : " cette Terre n'est ni à brader ni à vendre " ! et pour causes, quels vils desseins autres que les poisons juteux de la manne Euro justifieraient plus encore que l'on souille l'antre de la légitimité d'une Nature libre et tant exaltée ? La Terre de Corse façonne ses âmes d'où quelles viennent et les rallie à l'ordre imprescriptible de l'étant et à la cause du particularisme ; ainsi  de l'antropomorphe vénérable qui séduit, de la polyphonie coloriée du chant séculaire des fleurs, des vallées et des aires jadis productives et généreuses ancrées en toute mémoire et que l'on découvre à chaque détour de sentier.

Vintilegna, a Testa, Testarella ... Des Bruzzi a Capu di Muru, de Bunifazziu à Capi Corsu, de Capi Corsu à Capu di Muru  ! immenses et sublimes domaines où s'égaient vers l'infini quelques souvenances d'authenticité et d'inaltérables attaches. J'entends résonner comme un écho le pas cadencé des chevaux, les cahots de la diligence qui longeait tes rivages, venus de si loin, d'il y a si longtemps, de l'oubli. Les hommes reposaient en tes haltes bienfaitrices juchées au coeur du maquis. Et tes anses allaient si profondondément quêter l'eau des montagnes que les migrateurs s'y perdaient dans la clémence et l'éblouissement de tes printemps.
Que te soient rendus et épargnés tes joyaux, ces dons du ciel encore florissants ! Qu'à jamais les pelleteuses géantes et les bennes ne viennent araser tes collines, bouleverser ces verdoyants vallons s'ébrouant à la brise et au cantique des oiseaux aux coeur des roseaux et des joncs. Je veux à toujours aimer ici ma Terre, vénérer mes ancêtres qui l'auront obstinément parfaite et travaillée, ne nous laissant que l'empreinte du respect et de l'amour.

Et courent dans le maquis ombreux et odoriférant des arbousiers et des bruyères, des résineux à larges baies des lieues de murailles aux pierres ajustées au diapason de leurs rires, de leurs pensées, de leurs tourments  et joies d'antan. Mais jamais ils n'auront démérité ni failli à ces mystérieuses pénéplaines qui s'épandent et éclosent aux pieds des légendes de Cagna, nourries des limons et des sables dérivés du Rizzanese, de Murtuli  jusqu'à Bunifazziu.
Alors, si le coeur vous en dit, allez, suivez la voix frémissante des sentinelles de granit et des stylites séculaires qui fabulent un étrange bestiaire, errez, flânez au long cours de l'éternel ; le temps ici s'est depuis longtemps arrêté ! Je vous en conjure, laissez ce monde en paix, et que les siècles égrènent à toujours avec les vents l'oeuvre sidérale des travailleurs de la mer chers à Hugo.
Je serais né une autre fois à tes splendeurs, j'aurais ainsi renoué avec de profondes racines en sillonnant du large et des tempêtes l'écume et le flot sibyllins de tes jours aujourd'hui décisifs. Une seule balafre à la terre et l'hémorragie se répandra ; sursis, verdict, engeance d'une modernité vorace auront raison des sens et de l'âme vulnérables d'un Peuple qui ne serait alors plus que vaine allégeance à l'ordre éphémère et calculateur du profit dénaturé et expansionniste.
Y aurait-il un juste milieu, quelques précautions qui eussent enfin plus épargné cette large enclave de nature comblée ? Le sens moral et la sagesse, la sapience dont l'homme s'honore chaque jour auront-ils raison de l'appêtit conjoncturel et uniformisant des marinas et des ports de plaisance bondés, de tant d'artifices et de fastueux édifices ? Verrons-nous un jour le chantier de ces tours de bétons aux milliers de lits entassés vers l'or bleu braver et briser la valse mélodieuse des coups de vents, masquer le regard de la terre à la mer ? La mer laissera-t-elle aux hommes le soins de farder ignominieusement ses festons millénaires ? Je ne le crois pas ! la Sagesse et la Fidélité vaincront, plus que tout, elle resteront sensibles à la quiétude d'une rare beauté, aux joyaux de l'Eternel.

Harmonies au seuil du sacré et que la Mère-Nature s'évertue à péréniser, sagesse ou complétude de l'Au-delà ? Il s'en retourne du commencement du monde quelques versets de Genèse sans trace de raison de papier qui les eût bafoués

GHJORGHJU D'OTA

 

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