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J'ai sablé le vin, j'ai humé les roses ;
J'ai cueilli la fleur du plus beau baiser :
Je ne trouve plus au fond de ces choses
De quoi me griser...

Les jours ont brillé sur ma tête pâle
Sans m'apprendre rien du tout qu'il y a :
Mon cœur m'apparaît comme sort d'un châle
Un camélia...

Jeunesse,  éclair ! Jours enfuis comme un rêve !
Flambeaux morts de gloire en cendre à mes pieds,
Le temps vous a pris comme un aigle enlève
Les sanglants ramiers !

A mes pieds, des flots ô plèbe insultante !
Du lâche Destin prête-nom menteur !
Arrière, avenir qu'attend sous la tente
Achille et mon cœur !

Passions, passé, crache ça, mon âme,
Comme ces hauts cieux d'éclairs déchirés
Vident par cent trous dans les eaux leur flamme :
Homme, ici mourez !

Non, vivons ! Mais si, dans l'atroce lutte,
Je dois au vain flot céder le terrain,
A ma lèvre expire en silence, ô flûte
Morte dans l'airain

 

!

( Les Tristes )
Maurice Du PLESSYS
Dans le Feu Sacré, Librairie Garnier



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