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 A tous les Marins, à François GABART, aux autres habitants de la mer...

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Vous dites : Course au Large, Tour du Monde par les Trois Caps, un mois dans les Mers du Sud, le Horn ou le plateau des Aiguilles et ses vagues scélérates, l'Indien infini, le Pot au Noir usant, le Golfe de Gascogne rancunier et tant d'autres contrées marines désolées, certes !  Un projet dantesque mené de bout en bout par toute une équipe à terre et un continuum de compétences hors normes : soit ! Une préparation de très longue haleine dans un Centre - Port La Forêt - dont on connaît aujourd'hui le Niveau d'exigences, l'efficacité et les redoutables outils d'investigations à tous les stades de la Navigation Hauturière, mis en oeuvre pour la concrétisation d'un rêve qui habite des Marins d'exception... En effet, tout cela contribue à honorer le Marin, à le mener au terme de sa quête, de sa combativité, de ses ressources. Les records vont encore tomber, les technologies aussi évoluer, se perfectionner et la course au large deviendra encore plus palpitante, exaltante, incroyable, exposée. Il en est ainsi  de la nature de l'homme au coeur même d'une vie de nature en sursis, de ce voyage également juché entre deux dates, deux ports, d'une écluse au final dont toutes les échéances lui paraissent à la fois proches et inaccessibles. La course transmuée en aventure, aux limites de l'extrême, de l'imagination !

Marins, Quand on revient de si loin, le reste de l'existence est une perpétuelle escale ! Une régate de 78 jours, 78 jours qui vous tiennent en haleine, à bout souffle ...

 

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Mais au-delà de tous les pans, de toutes ces facettes qui meublent et encadrent l'existence et le devenir du Marin, qui trament et défont ses périples, entre fortunes de mer et abandon, classement et lutte incessante, malgré un podium devenu intouchable, il semblerait que le vrai départ du marin, tout comme la rançon de la gloire et de la réussite se trouvent cachés dans tous les silences d'un ultime regard à la mer, le souvenir et la mémoire de l'après défi, outre challenge, la course finie.

Ne part-on désormais jamais plus que lorsque le voilier emprunte le Chenal d'arrivée, rentré à bon port, lorsqu'il  faut au marin fouler la terre qui danse, embrasser à nouveau le monde et l'autre tumulte déjà redouté ? 

Et tous ces gens venus l'accueillir sur les pannes, les jetées, les pontons, ne lui révèlent-ils pas plus encore les sublimités jalonnées de risques et d'insolences qu'il vient de quitter, les tourments et les  questionnements au sujet de la vie, de ces provocations inhérentes à la Course à l'encontre aussi de la mort, de la solitude, de la liberté, de Dieu même que lui inspirent les vastes étendues en mouvement et en beauté qu'il a parcourues sans relâche pendant  78 jours, 78 nuits, tout ce qu'il aura rencontré  et enduré sur la Longue Route, au-delà d'un duel d'homme à homme ?...

Car, c'est bien dans la sécurité et l'entourage du retour, en cet instant d'ineffable abandon enfin consenti et sans crainte, que le marin prend réellement conscience du bord de géant, du pas sidéral qu'il vient d'accomplir pendant des mois, des semaines, étalant tant de coups de vent à l'écoute de la course, du voilier, du temps et des dangers. Et à ce moment là, il lâche tout, il s'épanche humblement et nous touche en pointant l'essentiel, la solennité de l'instant !...

Un fracas tonnant de carbon, ces matités lancinantes aux résonances perpétuelles, les matossages incessants, les longs dévalements aux déséquilibres précaires d'une coque puissante qu'il faut équilibrer sans cesse, mais livrée au moindre détritus à la dérive, à ces lames et ces bourrasques qui dans les ténèbres mouvantes lui apparaissent fantomatiques et redoutables courbant la mâture et la cintrant comme un arc... Une solitude inégalée où les vacations -  certes providentielles - ne suffisent pas à étaler les grains d'une conscience menée à mal ou retranchée en ses extrêmes limites, au seuil de la crainte, de la peur, de l'angoisse face à tant d'inconnues : tels aura été l'univers du Solitaire, entre autres circonstances démentes de haute mer.

Alors, Marin, que vois-tu, lorsque l'onde apaisée du chenal te berce ? toi, le premier rendu sur la ligne d'arrivée après cette odyssée inconcevable pour le commun, quand il te faut te séparer de ton compagnon, de cet immense oiseau qui des mois durant aura côtoyé  et touché la nuit les étoiles, chevauché les dunes d'embrun aux plus beaux déserts de la planète. Que te reste-t-il maintenant que la rondité d'une orange bleue n'a plus de secret pour toi et lorsque ton voilier te rend à l'étroitesse des jours et d'une île ? Ne songes-tu pas déjà à repartir avec lui, à retrouver l'ivresse bleutée  que les éléments partagent avec vous dans les plus belles fééries ... 

De  là ce gouffre, cet abîme terrien qui t'aime et qui t'étreint ; ton désir d'océan se fait sentir et croît sitôt que tu es sur le point de le quitter. Car je vois bien dans ce regard les grands espaces languir de toi, t'appeler, te héler vers les hautes latitudes afin que tu y coures encore plus exalté, avec fougue et légèreté leurs flots absinthes et cristallins.

Quel est cet océan dont tu prives un instant ta vue et qui semble désormais te faire si peur alors que par toutes les mers tu t'es approprié patiemment les horizons sans fin ? 

Tu as révélé la grandeur de l'homme en ses desseins pacifiques, océaniques, d'espérances et c'est pour cela que la ville et les foules t'acclament, elles qui demeurent  privées de l'arche des rêves dont tu  soulignes noblement, dignement les splendeurs, les partitions et les lumières.

Trois mois de grand large, de silence et de tumulte, la tiédeur des alizés et l'hiver des mers australes, les vents fous des pôles près des glaces dérivantes auront bousculé, recadré en toi la vision d'un autre monde, empli de richesses, de jeunes ressources. Bien des choses t'apparaîtront peut-être accessoires, éloignées, du registre plus étroit d'un certain quotidien, des habitudes et des repères usants de la monotonie des villes. Mais au-delà de tout cela grandissent  désormais les champs de ton être de coeur et d'amour que les solitudes génèrent et fertilisent sans plus jamais faillir...

Tu dis et reconnais t'en être remis, éclairé à la manne des hasards, de la nature et de la connaissance afin de te hisser aux exigences de la course, jugulant inlassablement l'inhabituel, l'imprévu et misant sur ton libre-arbitre ! Quelle autre rançon exaltée de liberté pourrait davantage t'agréer, te combler, t'élever plus loin que les sphères d'un bonheur rare, les fruits de la liberté, de la vérité ? 

Je sais que bien des fois tu t'endormiras, tu fermeras les yeux pour rejoindre l'océan ; là, emporté par le vent fort, te ceindront lames, albatros, caps, légendes et nuées. L'arc-en-ciel lumineux de la Terre-de-Feu consacrera l'aura d'une seule et vaste vérité : je suis autour du monde, fils de la mer, en route ! Qu'importe la course, la place, le record face aux harmonies que l'éternel déroulent et qui s'offrent à mes yeux, à tous mes sens pour lui en émoi. Je ne me lasse plus des chants du large, du cantique des solitudes, de l'étrave et des lactescents lointains ; l'océan dévale avec nous ; d'entre tous, je reconnais celui qui me garde là, en vie, à vive allure, léger comme un voile d'écume, un nuage sur le fil  d'une histoire sans fin, à chaque rocher que je croise et double.

Il y a seulement quelques minutes, Marin, tu étais le dauphin de l'azur, la révélation, le sens et le compagnon fidèle du voilier. Combien de fois l'auras-tu ravi, rendu fou d'écume et de vitesse. Dans quelques instants, à terre, tu lui rendras un dernier regard ; je verrai dans tes yeux se refléter ses voiles élégantes, danser son tableau arrière et plonger ses safrans. Sa haute mâture pointera vos rêves d'étoiles, d'hémisphères et d'îles toutes proches, inaccessibles ... Et pourtant ! 

En tes larmes secrètes coulent et s'épanchent déjà le poème d'une séparation, d'une alliance. On y voit la rançon d'un départ inavoué, d'une coupure dont tu ne soupçonnais pas l'abîme et qui désormais vient de vous unir, pour toujours...

 

A vous, Marin d'exception, je dédie ce texte... Il était en moi un rêve de jeunesse, né des rivages des Tropiques, de l'Equateur, de l'Enfance. La vie en aura décidée autrement, du moins jusqu'à présent ! Mais il est un espace prodigue à mon âme quand je la laisse parcourir les plaines azurées de la liberté, l'au-delà des vallées d'une Île. Cette âme joue avec les tempêtes, la côte y est toujours présente ; je n'y suis que pour un jour seulement, tout à la fois voilier, gréement et marin et nous glissons, insatiables, sur la pente des vagues. Après tout, cingler vers le large parmi les très hautes lames, entouré de gros moutons, dans les ciels de toutes les couleurs ou rougeoyants du couchant, n'est-ce pas jouer à ller et venir, à toujours partir

!...

Marin - 1 ère Ecriture le 28.01.2013 -  paroles de Marin 

 

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