DSCN4111

Et si je vous disais un seul nom qui eût dévoilé un secret qui ne se voit pas ...

Il y va comme des allants  de l'éternel retour, d'un nom qui eût illuminé les voies de remembrance, découvrance, souvenance, recouvrance, qui, en nous, demeurent et sommeillent et s'en reviennent, sans fin, telle une histoire bercée aux pieds du jeune lit de la vie, d'après la vie

A TUTTI SSI LOCA DI SPLENDORI  A LA MIMORIA  TRAMANDATA    EIU SCRIVU 

 

 

 

DSCN4146

 


La mémoire s'est éteinte. L'oralité ne serait-elle plus
qu'un voeu pieux ? Quelques témoins,
sentinelles du passé, chantent tout proches l'émoi de la  vallée
des Ancêtres comme ils en louangent la liturgie.
Nous sommes de chemin, parcourant une île à part,
de la mer vers les monts, du Levant jusqu'au Ponant.
Balcons d'Orient imprenables, ravins, vertiges
des tombants  au firmament
qu'animent les souhaits insensés du marin à terre
qui ne se résout guère, à demeure...


L'indication reste discrète. Le sentier gagne l'ubac
verdoyant des chênes populeux.
Il entame aussitôt son ascension.
Maints lacets viennent à bout de la pente raide.
Encore une fois, soyons Sisyphe, heureux, vaguant à
l'âme des bois, en quête de recouvrance, de ces pans de
nous-mêmes endormis dans la souvenance commune
des âmes qui conversent toujours à travers champs.
Reléguons la part absurde des-alliances invalidantes.
Rien n'est jamais plus pareil qui grimerait la quête d'éternité
aux rivages de nous insoupçonnés !
Une source de spiritualité qui sourd tel un choeur
à ciels ouverts, définitivement libre et, enfin,
durablement épanouie...


Autant de versants que la prose en poésie recouvre
à l'unisson des sens, en toute essence non existentielle.
Ainsi de ne point affliger la narration, orpheline
de ses rêves et de la manne imaginaire tant aimante
et esthétique à la fois ! Comprenne qui voudra...


L'ombre fraîche rassérène le promeneur. Le sous-bois
gazouille à tue-tête. Comment petit passereau peut-il
ainsi inonder de joie le vaste versant et la combe ramée ?
Instants féeriques que le don et la découvrance octroient ;
perpétuité en route vers un cordial de promesses vernales ;
précieux viatique !


J'ai dans le coeur comme un parfum de  " Feuilles d'Herbe ",
de " Feuilles d'Automne " ravissant ici mon  parchemin.
Whitman, Thoreau, puissé-je emboîter vos pas, humblement !
Que n'êtes-vous assez près de nous, allant, au diapason
de la pensée intarissable, inaltérable que la nature
en beautés enfante à nos côtés, au-delà des siècles
des années. Autant de révélations
qui n'illusionnent personne.


La lumière joue, devineresse. Lentisques, bruyères,
bois de frêne, arbousiers oliviers sauvages et yeuses
en tamisent les rais humides, au petit matin.
Cistes et chardons jalonnent l'ascension, toujours
à flanc d'ubac. Ça et là, au gré comme au fil de la montée,
les premiers vestiges ralentissent l'effort. On se partage,
la main dans la main, les attentions apaisantes
des aînés qui alentissent la progression
De vieilles marches lissées et polies
amoindrissent toute la gravité des mondes qui s'éteignent


Des pans de murs aux solides clés sommitales
s'élèvent, bordent les derniers mètres
qui séparent du hameau, du petit village abandonné
au siècle dernier. Nous aurons ainsi sillonné les méandres
d'un parcours né en 1815 pour s'en  retourner au maquis dense,
dès 1936, comme une fatalité, le destin déjà écrit.
Les bois s'éclaircissent, viennent les prémices
d'une vaste clairière ceinturée de pitons granitiques
et de barres rocheuses. L'éclairicie irradie. 


La foulée s'allonge, plus légère, importe désormais si peu.
La douceur du temps ramène à la brise de mer dont les lointains
brumeux naissent aux vantaux disjoints des premières maisons.
Stupéfiantes rencontres, parfait alignement des masures ;
On perçoit comme un soupçon obstinant la vigilance, omniprésent ;
regards inattendus et probables à la fois se répartissent l'angle des bâtisses.


Plane en esprit au coeur des lares séculaires  l'ombre furtive des mânes. 
Portes et fenêtres grippées, à demi entrouvertes, ne battent plus.
Les planchers tombent sur la terre battue. Dernière hécatombe
du bois vermoulu. Figements inquiétants, animés ou, présence
dérobée. J'entends comme le galop d'une cavalcade aux enfants
joueurs à travers un dédale de pièces béantes et plaintives.


Plus de treize maisonnées et chaumines se partagent
un havre de paix et de quiétude, juchées à l'abri des éléments naturels.
Il n'est point d'âge qui vaille ici matière à questionnement.
Les lieux sont habités depuis la nuit des temps et, les abris
sous-roches, les murs d'enceintes cyclopéens, les auges  et les arases
préhistoriques l'attestent en tout points du hameau.
Les chênes poussent contre les murs, s'accôtent aux façades.
Derniers soutiens du temps à ce qui fut de pleine vérité,
tout là-haut, au coeur de la montagne, depuis que la vie
s'en est retournée à tout jamais, d'où qu'elle fût venue ...


Un jour, l'eau de source vint à manquer, trop éloignée.
La menace terrifia. La grand guerre dépeupla les campagnes en
emportant les bras vailants et vigoureux. Le hameau
résista, jusqu'au bout de l'attente, de l'espoir, du labeur, sitôt
en marge du progrès, telle une rupture que l'on eût crue
impossible, un jugement dernier commandé par les frasques
du vol social référent et patenté.


Vint le règne de l'abandon et de l'oubli qui atterrent,
Outre-tombe certes, mais sans la mémoire ou si peu !
Domaine de l'improbable, laissé au hasard des déambulations
de l'esprit curieux investissant sans se lasser les dévalements
désormais tus et celés de l'histoire dont personne,
vivant ou descendant, ne saurait relater les faits anciens.


Un four à pain majestueux signe toujours les talents
d'une pâtissière légendaire. De petites maisons se sont
éloignées du coeur du hameau. L'école rayonne au bout
d'un chemin champêtre, tournée vers le soleil levant.
Trente enfants, jadis, l'empruntaient, toujours à la recherche
du temps perdu à en exalter charmes et énigmes ...
Comme pour dire qu'ils prirent si souvent le chemin de la
petite école où l'institutrice les attendait, du haut de son perron
du haut de sa foi de transmettre tant et plus.


Dieu que le récit m'est pesamment  habité ! Un serrement de gorge,
le regard qui se perd, un bref instant, durablement
en tentant vainement de décrypter le langage des pierres
taillées et multicolores à l'unisson de l'antienne
des foyers éboulés, irrémédiablement éteints...


Ce jour est à la lisière de l'été, au hameau perdu qui
s'égare à travers le perpétuel hiver, les solitudes recluses,
l'agropastoralisme désuet. N'évoquons jamais l'autre temps, l'autre époque,
le temps des vicissitudes, de l'aléatoire, de l'imparfait !
Qui augurerait au présent des lots des siècles en devenir ?


Mais de tout ce qui en nous sommeille, qui resurgit et émeut,
en guise de reconnaissance perpétuelle, de chemins de vies.
Rien n'est laissé au hasard, qui viendrait à mourir en vain,
étouffé dans les bois et le tumulte de la taille précise et vaincue


Hameaux ! Seriez-vous  des centaines, disséminés et cachés
à travers les Pieve de l'Île, rarement signalés et, pour causes !...
Nous ne vous en dirons hélas ! ni le lieu ni les coordonnées.
Non qu'ils pourraient être dévastés, profanés ou nûment investis
par quelques étés bondés, peu scrupuleux.


Ainsi de les abandonner encore une fois,
à l'errance, à la saine curiosité  que l'on partage en tout
ce qui resplendit durant des siècles, interpelle et parle encore. 
Que ces refuges  vivent encore et toujours en renaissant à vos yeux
émerveillables, du moins je l'espère, des vires de l'enfance !


Obsession que la descente impose en quittant une dimension
aux vitraux si clairs que mille faits et gestes s'égarent
sur l'azur, dans la béance des jalousies et des persiennes
absentes.
On ose se retourner ! Un adieu, certainement, le coeur serré,
l'âme dépossédée du vivant, de la durée que le temps dépasse.
De ce vivant que l'adversité précipite du haut de la guerre,
des artifices et leurs frivolités, de l'éphémère sordidité des choses
excessivement nouvelles, de vils anachronismes.


Voyez-vous voyageurs-lecteurs, j'aurai écrit ce texte
tout en redescendant du lieu-dit et de la prescription,
honorant à toujours l'exode et les heures douloureuses
des tragiques conscriptions dont le long décours a pris fin,
tristement relégué, qui s'est esseulé en la personne
d'une seule femme ; ultime réclusion, ermitage désespérant !

Une heure nous égare, nous sépare de notre habitation.
Quelle matinée nous eût encore une fois autant ravis,  
tant émus ? L'avion trace dans le ciel le trait rectiligne
des habitudes. Toutes les voitures fusent sur le macadam
sans se connaître et tuent comme elles fauchent l'existence.
La planète n'aurait ni limites, ni mystères ; on ne s'y perd plus !


Mais de l'immersion, au plus profond de la forêt,
qui distance et gagne les confins de l'âme,
à deux pas de chez soi, unique et sans autre valeur que
la recouvrance, aux champs des racines et du lien sacré,  
bien au-delà du sang, du clan, des carcans de fer létaux,
du tout béton verré, mondialement réchauffé

!

DSCN4092

 

- MARIN  -  A Terre -

En Chemin

 

_____________________________________________________________________________