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Il ne s'agit pas de pleurer, nostalgique et mélancolique, les chaumines d'antan, une vie et une existence de rudes labeurs dans les conditions  pénibles, précaires que nos Anciens connurent et il faut le dire, archaïques pour l'observateur d'aujourd'hui qui jouit d'un plein confort citadin ; Mais convenons tout de même, à travers ce cliché on ne peut plus authentique et vrai, témoignant de l'intégration de l'homme dans  son milieu naturel, que nos "ancêtres " nous donnent de sévères leçons en la matière. Rien n'aura bougé ! quelques aménagements et l'abri, la maisonnette seraient largement habitable, fraîche l'été, chaude l'hiver !

Regardez ces deux Caseddi ( Maisonnettes et abris de moyenne montagne très fréquents sur le Massif Corse ), réalisés le plus simplement du monde, aux chaînages d'angles rudimentaires, aux assemblages hasardeux, parfois heureux ; remarquons combien ces édifices de pierres du pays et de bois de pins - I pini alti - s'intègrent parfaitement, au milieu des oliviers séculaires, à l'environnement, au monde agreste des vallons et des collines !... Le Bâti traditionnel Corse rend compte d'ouvrages typiques et d'une architecture non seulement remarquable mais aussi rare, spécifique, qui fait tout le charme et le cachet de notre Île si vaste et si variée.

Qu'en est-il aujourd'hui ? coûts de revient obligent : notre Île est crépie, du nord au Sud, ressemble de plus en plus en ses agglomérations et villages, à toutes les villes et concentrations d'ailleurs. Sommes-nous en Corse, le resterons-nous un jour, quand d'un hameau à un autre, toutes les campagnes fleuriront de murs roses, ôcres, lisses, aux façades tirées au cordeau de l'aggloméré roi ? Conformisme, Modes, allons ! il est temps de vivre avec notre temps !

Entité, Collectivité mondialisée, Européanisée, Agglomérée, Eclatée dès lors qu'elle affiche tous les attributs et visages de centaines d'autres contrées, des régions passées au crible de l'uniformité ... ! C'est un point de vue, non des moindres ; mais il est très dur et pénible de voir nos anciens villages disparaître derrière un rempart d'enceintes, de façades crépies, de hauts édifices clos, froids et lisses comme les murs des terribles  cités ! Ah, a Tarra di u Cumunu ...

 

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Oui, elle se fait attendre, cette photo du mois, comme d'habitude ! Mise-t-on sur l'évocation d'une Nature immensément belle mais livrée aux serres du péril argenté et irrémédiablement patenté ? Ou alors sur un Move Crash dantesque d'un M56 sur le tard ? Non ... remarquez, on ne sait jamais avec le bougre, Oserait-il un High Push to Front Loop ?

Risquerait-on une de ces Photos clichés ou lieux communs que les paparazzi de la boîte à Pandore offrent en pâtures aux migrations massives des étés torrides, en longs métrages dissonants et anachroniques qui font du blé lourd  à tout va sur l'échine de l'authentique et des ânes ? Pas vraiment, ce serait d'un banal, une insulte ! Nous ne moudrons pas de ce froment-là, piqué des vers et  qui s'incruste en parasite !...

Oui, il faut se bouger, tirer de l'inhabituel sans artifices la quintessence d'un instant où les harmoniques d'une Île épousent les contours de l'émoi, de la vérité, quelques pas lumineux qui vous porteraient vers les sphères d'un profond respect, d'un amour sans faille porté à la Terre Insulaire, à la Corse ; une de ces images : évocation pleine et entière où la poésie, la musique et le chant, la lumière et la solennité convoleraient en justes noces entre une Culture millénaire et amplement mêtissée, résolument tournée vers les rives de la Grande Bleue, et ces pourtours prestigieux qui l'auraient enfin reconnue et instaurée comme Reine.

On ne l'acheterait pas, on ne la vendrait pas, pas plus que la Terre d'ailleurs afin qu'elle demeurât aux hommes fidèles et vrais qu'elle eût lentement parfaits, ouvrés, éclairés. En est-il vraiment ainsi ? On aurait bien du mal à y croire de notre temps, voudrait-on nous le faire accroire que l'on ne s'étonnerait plus !

Alors, cette Photo, quel message brandirait-elle face au glissement des terreaux essentiels à la vie, aux existences en germes d'une Terre vastement morcelée, enclavée, aux Pièves énigmagtiques comme mille défis désespérants et perdus d'avance face à la cupidité et à l'accaparement, à la violence subreptice de l'incendie et du bulldozer?

...On me rapporte que les giboulées et les déluges qui s'abattent depuis des mois ont ravi les senteurs d'un maquis envahissant et tout autant impénétrable ! que les saisons se chevauchent et se brutalisent les unes avec les autres, que de la terre silencieuse et blessée des tranchées, des carrières sauvages, grondent les colères du vent et les litanies des estives mainteant esseulées. La terre rougeoie en été et s'en retourne, tumultueuse, vers la mer. Et l'hiver se montre sans compassion ; ainsi des tempêtes.

Les villes croissent en se figeant, anarchiques ; des mois durant, aucune âme, rien que le béton et les pelleteuses qui dilacèrent la Terre-Mère ; on y attend, les volets fermés, la manne venue des continents  dépossédés de nature vierge. La raison saturée de clichés se fait malléable, bien faible... A force de peaufiner les leurres, on prend au jeu de la pêche !

Mais, dites-moi, que deviendront un jour les songes que nous nourrissions, complices d'une île qui se perd et dont Homère, Sénéque prétendaient qu'elle fût la plus belle d'entre toutes les Thébaïdes des Mondes mythiques ? Une Île que contaient les antiques aèdes ? Poésie, Muse, Lyre, suffiraient-elles à louer encore ses racines harmonieuses ? Aux sons clairs de la Cetera, jailliront-elles encore ces cascades de neige, ces vagues lumineuses ? Serez-vous encore et toujours de ce  royaume où fleurissent l'imaginaire et le vertige ?lorsque un jour je renaîtrais, petit enfant de ma terre, recouvrais-je sous mes yeux les lointaines souvenances de ces évocations que vous me dictez ce jour au seuil de la splendeur et de l'accomplissement de la Création ?

 - MARIN - 

2 ème Ecriture - le 18.12.2013 - En cours 

 

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Je marche tant que je peux le long de ces sublimes chemins perdus ; c'est une ode à la verdure, aux frondaisons épaisses des bruyères arborescentes en fleurs de neige et de la forêt. Desseins étonnants et tant harmonieux de l'Invisible, de la Création et de la Diversité accomplies ! Et si l'heure passe ou décline, alors le soleil compose une autre toile, aussi belle et captivante, à tout instant ... Ô sérénité des mânes qui partout émane ! Les oiseaux gazouillent, le ramier s'envole lourd et puissant comme un messager secret, l'eau du ru bruit accourant en divaguant des lointains sommets et ...!

 

Mes pas alentis par tant d'ivresse foulent en silence un épais tapis de feuilles roussies. J'accompagne trop ému chacune de ces pierres qui me bordent en écoutant s'élever le chant polyphonique di i Tribbiadori - L'aghja - abandonnée, révulsée, n'est pas loin. Elle sans Terre, qui lui eût donné d'épis à rouler !

 

Et Vous, Femmes et Hommes de la Terre d'antan, par dizaines, qui apprêtaient les champs, levaient les murs en choeur, chaque pierre posée roule un mot, résonne d'un éclat de rire, ajuste ou assemble une pensée fraternelle qui me revient du passé, de tout l'amour que vous lui portiez, immensément fort ! 

 

Mais la liane ronce et les souches hérissent les champs. L'épais désordre du maquis esseulé en barre tous les accès, les sentes dérobées des amoureux. De violentes crues ont improvisé des barrages de bois, d'arbustes arrachés aux coteaux diluviés. L'abandon est total, conquérant, désespérant.

 

Non loin de là, les artères tendues de macadam vomissent leur rendu de décibels aveugles et de gaz infectes ... Je n'aurais croisé personne, juste entendu l'écho affligeant de la voix du Maître à sa Bête : " COUCHER " ; un ordre bas, répété et brutal qui ricoche de combes en tombants rocheux. L'animal, qu'un lien de chaîne court rive serré au tonneau rouillé et crevé, croupit dans la fange avant d'aller se faire ouvrir la panse par le Mâle sanglier blessé ! Il tremble aux rafales trempées du cinglant Grecale ... La rue déserte du village me voit passer derrière ses jalousies closes, l'eau me suit le long du caniveau ; je n'aurai bu le café dans cet univers atterré !

 

_Ohimè...

 

O la me Tarra

 

 

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