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L'hiver, aux couleurs des rives du Ponant, brasillant vers le haut-fond. l'espace vague d'un instant qui vague et qui muse à bord de l'éternité

!

 

Ce qui caractérise l'Île de Corse, l'hiver, à la saison des fortes tempêtes accourues de toutes parts, ce sont bien les conditions météorologiques dantesques que nous observons, surtout vers les deux caps majeurs Nord et Sud de l'Île de Corse ; nous voguons à quelques centaines de mètres du rivage, et pourtant, ne voyons-nous pas déjà le grand large et d'obscurs phénomènes, l'élan translucide des vents et des lointains encore épargnés  !... Les profondeurs abruptes, les pointes accores, la longue houle qui achève son périple en se brisant. Les vents violents s'engouffrent et accélèrent  à l'entrée du détroit, entre Sardaigne et Corse. Les hauts massifs tout proches orchestrent les actes du grand règne de la Nature, d'un théâtre en beautés.

Et c'est un ballet de lumières, de contrastes, d'ondes et de flots, de vagues et d'avalanches écumeuses ! La mer toute entière prend ses teintes de jade, d'aventurine  figurant de splendides cristaux de roches. Sur la ligne d'horizon, quelques lames terrifiantes  se dressent et s'amassent jusqu'aux ciels, les unes plus hautes et tonnantes que les hautes ; mugissante et impitoyable mer !...

Alors, les petits récits emplis d'histoires vécues et d'émotions que je livre ici, loin de paraître et de se répéter sans fin relatent tout simplement, humblement quelques pensées marines, ces survivances revenues du monde du silence et que l'écriture, tels les vents et le grand bleu, fige sur le parchemin des blocs et des tombants de son fin sillage !

Je crois très sincèrement aux rencontres que le marin vit en mer, autour de présences sibyllines :  les vagues qu'il chevauche, toutes les fois différentes et séduisantes, meutrières aussi. Elles constituent un univers à part, mystérieux, quasi mystique ; on évoque souvent à ce sujet le sentiment océanique ressenti en haute mer par les solitaires ou les marins vivant une aventure autour du monde... Quelle en serait la mouvance, l'énigme, le secret, l'infinie complétude ?

Ce sentiment s'empare également des adeptes de pratiques dites extrêmes ! et la destination, les distances n'en seraient pas les seuls critères le générant et le caractérisant. Bien des aspects, des pans entiers de la tempête et des vastités qu'elle parcourt sur la mer en furie, les bourrasques toujours inattendues et inconnues fascinent " l'âme à la mer " qui les cotoie et se risque, y fait acte d'allégeance.  

Ainsi, le marin habite et parcourt les éléments déchaînés dans une sorte d'univers onirique et éminnement imaginaire, absolu, résolument absolu. En dire la force, l'énergie, la vision, les révélations diverses et subjuguantes qui s'en dégagent est une gageure ! les mots ne suffisent pas ; il faut trouver alors autre chose : la poésie, la prose, le chant, le silence ou le récit, l'image parfois ou peut-être... Ils ne seraient là que témoignages tronqués d'un penser abyssal. Mais il est sûr que les sens et l'âme pour une fois s'épousent et ne font plus qu'un en route vers un monde transcendant et d'essences plurielles ! Une sorte d'harmonie ou de noce convolant euphoriquement vers les sphères éthérées de l'au-delà libérant ou engendrant d'autres clartés, une interprêtation de l'étant non assujétie aux représentations élimées d'une réalité par trop artificielle et galvaudée, de chair et d'esprit consommant le divorce, où temps et nature ne seraient plus en phase.

Mais en mer, à bord d'un violent Ponant, emmené ou pris dans les larges corridors lumineux des vagues, envoûté par le chant absinthe des embruns qui ourlent vers le ciel de superbes chevelures, entre deux crêtes écumeuses où le passé et l'avenir glissent ensemble pour quérir et chérir l'instant, l'éternité ... le cercle ou l'ellipse déclinent leur vérité, l'orbe aérien autour duquel un moment l'âme se devine comme un souffle, l'iris, et allume une à une les bougies d'une existence, d'un sursis, du pari, d'une folle déraison que l'habitude et l'aise auraient éteintes à jamais !...

Pourquoi cet attrait irrépressible, ces appels incessants vers les déserts liquides et leurs solitudes glacées d'où on ne reviendrait plus ? Seraient-ce là-bas, qu'en filigrane et à travers les diaphanéités de l'azur se profilent toujours quelques souvenances essentielles de vérité, de pureté, de fidélité ancestrales blotties profondément en révélant l'en soi, sans plus aucune finitude à redouter ?

Oui mais pourquoi, pour un temps improbable, remettre son être à la mer et à ses inconnues, s'abandonner à l'antithèse de l'air et du souffle vital, au milieu des eaux denses, au coeur de tous les dangers ? Quelle foi justifierait une telle mise, le jeu, l'émotion, la passion tant et souvent décriées : vers quelles limites, à quel prix ? Il est des thébaïdes étranges mais familières à l'homme, alors régénérantes, réconciliantes ... ne se retrouverait-il plus dans les mondes qu'il supportent et qui l'affligent pour les avoirs fomentés et trahis souvent à contre-coeur ?... Sans doute quête-t-il quelques retours aux sources naturelles qui l'eussent renoué avec le désir originel d'aimer, vers ce qui le porte et le fonde à renaître, sans plus aucun ressentiment, pour y deviner peut-être et enfin la puissance souveraine, l'omniprésence de la Création qui se présente tout autour de lui depuis toujours, en laquelle il se rend et s'humilie, sans qu'il lui eût fallu l'inventer et la détruire en chaque cycle infernal de l'oubli, de la mémoire sélective et opportuniste. Mais espérer, vivre à nouveau, tout panser et guérir au sidéral baptème, à l'éternel ondoiement de l'azur

!...

2 ème Ecriture le 16.11.2013

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