DSC04853__1_

 

 

Tant de fois me serais-je risqué à vous chercher, vous suivre aveuglément aux seuls accords des vents, osant sans raison franchir quelques points extrêmes de non retour ; là, au creux des lames et des vagues, comme l'essaim, vous reposez souvent. Improbable rencontre qui eût surpris le recueillement de la mer, l'antre de la solitude, tardant à la séparation, paisiblement rassemblés ! La tempête  fait pourtant rage, mais sous le vent l'aile
est aisée pour les créatures parfaites qui l'honorent. Ainsi du dessein des migrateurs, de l'épure ubiquiste et en toute chose qui nous entoure, par trop ignorée des mondes surfaits et tant éphémères...


Tant de fois aurais-je dans les airs figuré l'ellipse et le décrochage, gauche et lourd, mais toujours dans le droit fil de la curiosité, par imitation gestuelle de l'oiseau et de  son orbe précise ! Ainsi de ce point de ciel que mes yeux fixent à l'apogée d'une folie, d'une prière et qui le rejoindraient sans faillir ni jamais plus chuter !


Paradigme perdu, rêve insensé, quelle autre  créature prétendrait toute seule prendre son envol, révolutionner autour de la terre et se poser à son point de départ comme l'Albatros, jadis raillé, le Condor des Andes ineptement capturé ? Il lui aura fallu l'entremise du génie du bien, du mal : l'artifice qui méprise le temps et la diversité des créatures !... Au-delà du mythe, il aura con-volé !

Quel serait le tribut à assumer qui nous fît voler ainsi, sans affres ni déprédations perpétrés  à l'encontre de la vie, des substrats essentiels qui nous fondent ?
Ainsi du règne animal que l'homme s'évertue à décimer, misant sur l'oubli des générations les plus odieuses transes-mutations ... Comment les oiseaux migrent-ils, quelles étoiles guident leurs pérégrinations transcontinentales ; pourquoi l'Albatros accompagne-t-il le navigateur aux confins des hautes latitudes, son adieu tourbillonnant trois fois  au-dessus du mât ; pourquoi le Puffin, dans le sillage joue-t-il à se cacher, à fuser, à
réapparaître juste sous le vent de la voile, accompagnant fidèlement le solitaire ? Et cette maîtrise des airs et de l'Ether qui toutes les fois prédit sans faille le temps, la renverse, l'apocalypse des flots ? ...
Le vol en formation d'une colonie d'oiseaux en mer est comme l'appartition d'un dauphin, éminemment chargée de symboles, étrangement cryptée, comme si quelques messages eussent filtrés du silence de l'azur, antan, et qui nous étaient si familiers... Patience dans les airs, sérénité, opiniâtreté du chasseur au-dessus des flots pour la subsistance, les oiseaux vont également en multitudes et perdurent, participent aux grands équilibres animaliers de la planète, rivalisent tous de beautés, d'étrangetés et de charmes si légers au vent des falaises, renouent en esprit les mots sanglants.

MARIN et les Oiseaux 

2 ème Ecriture le 19.01.2016

 

DSC04864

 

AU VOL // EMMILA