TEMP_TE_LIBECCIU_HIVER__PUNTA_MAIORI

Ces vagues déferlent sur un  plateau profond parsemé de secs et d'écueils ! Elles se trouvent à plus d'un Kilomètre au large, quasiment 1 Mille Nautique pour les plus hautes. Dans ce type de configuration, le SW et l'W de l'île fleurissent : vagues d'un " Ailleurs ", dont nombre n'imaginent pas l'ampleur, la force, la vitesse à laquelle ces ondes de profondeur se déplacent 

 

 

A CE JOUR  de la Décennie passée qui me vit croiser vers " PUNTA MAIORI " - Traduire  : la Grande Pointe ; si large, étendue comme un interminable front de mer assailli par d'énormes rouleaux.

Oui, ce jour-là, il ne fallait pas s'approcher du rivage, mais humblement se tenir à près d'un Nautique de la Côte, veiller à bien garder par le Travers le déroulement de ces lames d'une autre dimension ; il faut y être d'une part, pour en parler et d'autre part relater ce que la Tempête, - un terrible Libecciu d'Hiver -, déchaînait  depuis le Tournant du Grand Sud, emplissant le détroit de vagues terrifiantes.

Je les entendais chuter en tonnant, en grondant, en roulant dans ce fracas d'avalanche que seule la haute montagne libère. C'était effrayant ! Les ondes doublaient l'amplitude de celles qui se formaient plus à l'intime des golfes. Plus elles se levaient, plus elles exacerbaient  depuis le large une course folle ;  Rouleaux d'écume étincelant sur fond viride, glauque !

Le vent hurlait  lors des violentes bourrasques établies à l'Ouest-Sud-Ouest et seule la Grande Pointe, qui attirait vers elle les convois de la houle, orientait les vagues par le travers du vent, ce qui autorisait ces descentes  effrénées sur  des collines aspirant par l'avant  les masses d'eau moins profondes, les ramenant à elles, implacablement ! 

Force 9 à 10 Beaufort, de violentes rafales, 60 Litres Single Board et 3.7 M2 pour un Solo inoubliable, vers " Punta Maiori ", petit nom pour un Grand Site de très gros, les lames dépassant allégrement les deux mâts, en bas de l'onde ! Pas étonnant, ce jour, les Services M-F émettaient un AVIS DE TRÈS FORTES VAGUES ET MER GROSSE depuis Provence ... 

Ce qui paraît très significatif, à la lumière de ce Cliché saisi à plus de 4 Kms à vol d'oiseau et des hauteurs, ( à environ 100 m d'altitude ), reste bien le fait que jamais l'immense domaine ou terrain d'aventures extrêmes n'aura saturé, généré des Close Out, ( déferlement uniforme et simultané de toute la vague, comme un rideau qui chute ). C'est si souvent le cas ailleurs et par plus faible profondeur. Et pour cause, malgré les Planning les plus élevés, atteignant les vitesses limites, au large et au Largue, l'Onde puissante de la houle me doublait et, il me fallait attendre, être rattrapé par la suivante, gagner un peu moins de profondeur, ( environ 10 / 15 Mètres, ce qui énorme ), pour garder le surf et m'échapper Bâbord Amure, en droite, plus à l'abri.

Une vague qui lentement se soulevait, gonflait, se raidissait, si haute qu'elle tubait en jetant loin devant sa lame d'eau claire, 'un vert rare. Puis elle roulait, la mousse constituant un épais manteau  qui atteignait la moitié de sa taille ; le spectacle était  saisissant ; plus rien ne ressemblait aux jours communs de coups de vent. Cela arrive fréquemment, surtout les hivers, par temps chargés et sombres, conférant à ces lieux d'extrême solitude l'austérité et la rigueur que toute pratique impose et qui ne s'improvise pas.

Lorsqu'on longe pareils murs en s'échappant, que la vitesse d'un tout petit esquif dépasse et de très loin ce que l'on a coutume de vivre, sur des vagues de cette dimension, on peut aisément rapporter, relater pareils détails ; il faut y être et se dire, humblement, avoir été quelque peu protégé, surtout après être passé au  travers d'autres récits de gros temps, de conditions extrêmes ; mais cela concerne des  sites bien moins exposés aux mers du large, au vent droit et non déviés par le trait de côte insulaire montueux, là où les fonds de roches génèrent les vagues les plus parfaites qu'il nous soit donner de trouver.

Dans la nuit, le vent bascula au Nord - Ouest ; le lendemain, il vira au Nord, faible à modéré. De sublimes ondes soulignaient l'horizon lavé par les vents. Je contemplais un spectacle qui m'eût ramené sur les bords de l'Atlantique Sud, là-bas, au Gabon, quand de très longues et puissantes Houles de SW remontaient vers l'Estuaire du Kango en longeant des centaines de kilomètres de sable fin.

MARIN - Récit et Journal de Bord  - Années 2000