Comme si le Multimédia et les liaisons satellites avaient réduit l'immensité de la planète, les marins à bord - livrant en chaque foyer des images subjuguantes du Grand Sud de l'Océan Indien - manoeuvraient et régataient à nos côtés, le Vendée Globe évolue pour friser les limites de l'entendement. Le tour de la terre par les mers australes, en solitaire, sans escale ni assistance, 25000 Milles Nautiques de Course poursuite à travers un terrain d'aventures aux innombrables contrées liquides vierges, montagnes russes à l'échelle des Latitudes du Globe, une traversée insensée des 24 fuseaux horaires où le temps se négocie à la seconde, quoique l'on dise aux commandes d'un voilier qui n'est vraiment plus comme les autres ! Splendide chevalier ailé des mers délinéant dans l'azur maints messages de paix et de coeur, cavalcadant en couvrant des vastitudes de plus en plus incertaines !

Un évènement à la hauteur des enjeux de la Planète, un concept au seuil du génie de l'homme, pour le bien, l'éveil, le rêve, la solidarité : tout ce qui manque dans ce monde qui va trop vite et déchire tout ! Car lorsque l'on porte si loin l'évènement, il conviendrait qu'il en soit de même à l'égard de toutes les nobles causes aujourd'hui toujours bafouées !

Mais le Vendée Globe, quel Symbole ! magnifique jeu sur le grand échiquier des mers, pour nous raconter l'énergie magnifique et l'Empire des Océans ouvrant chaque heure, chaque seconde qui passe  la Planète Bleue

 

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Lorsque j'entends les Skippers énoncer en évoquant leur voilier le mot Jibe*, Glisse, Surf, planning*, c'est une planche à voile, il me vient tout naturellement à l'idée et en images le Rider* que je suis et qui dévale les bonnes déferlantes ceignant nos côtes insulaires, l'hiver, par tempête. Je me résous à l'idée que ces Marins ne sont plus ceux qui croisaient au large il y a 30 ans et plus avec leurs unités lourdes et massives, ventrues, de vrais bateaux hauturiers, encore plus solides. L'Univers de la Glisse s'est emparé de la donne, de cette manne intarissable qui est non seulement la Course au Large mais également l'équation enfin résolue du vol, de l'envol, de la légèreté, des sens et de l'émotion au seuil même du risque et de l'engagement déraisonnables !... Le jeu à l'état pur mais dont la scène serait à la mesure de ces chevaliers des mers, de ces " Ailés " si chers à Virginie Hériot*.
Je regardais un jour par l'arrière filer un de ces Voiliers, au largue* ; le Skipper barrait. L'étrave soulevait une gerbe d'embruns majestueuse et le tableau arrière* dansait comme l'eût fait celui d'un dériveur ou le tail* d'une planche de vague  : c'était magique, une main suffisait à tenir le bateau à plat et sa très haute voilure cintrée tant celui-ci était parvenu au point d'équilibre auquel il aspirait !... Le bateau vivait, vibrait et nous communiquait une joie intense ; alors, imaginons un peu le barreur, dans une mer formée et des vents de 30 Noeuds par le travers !
Observons les lignes de ces " coursiers " ailés qui approchent les 20 mètres de long, ces coques à la mature démesurée, aux voiles et au mât shapés* sur mesure afin de restituer ce que les gréements très hauts de gamme offrent aux régatiers et aux coureurs sur Planche à voile... L'ensemble se meut à l'unisson d'une dynamique et de sources d'énergies agissant en synergie sous l'effet des contraintes et des effets recherchés par chaque réglage pointu. Le Skipper* affine une stratégie permanente qui irait du choix des voiles à la route, en passant par toutes les alternatives météo. L'échiquier des mers est immense, le périple jalonné de points obligés - ces fameuses portes - qu'il ne faut pas manquer. Ajoutons à cela les performances d'un ensemble détonnant - L'homme et son Bateau - lancé à travers le monde et ses 25000 Milles Nautiques de parcours dont un mois par les mers australes. Le train de la course est aussi celui des vents et s'ils devaient ainsi souffler un mois durant dans les Quarantièmes, un mois durant les records seraient en mesure de tomber au quotidien ! Point de sommeil ou si peu, le vacarme, le tumulte, l'eau qui ruisselle et pénètre partout dans un intérieur conçu pour la Course, sans aucun superflu, le roulis et le tangage, ces surfs hallucinants ou le voilier engagerait un dialogue sérieux avec les plus rapides des multicoques, sans démériter bien au contraire.
Il est vrai que la carène évasée sur l'arrière à fond plat et effilée vers l'étrave est un splendide compromis pour dévorer les milles à grande vitesse et abandonner sitôt la vague d'étrave avec le moins de frottement et de résistance possible ...
Une coque majestueuse sans plus de fardage*, une quille fine et sans traînée : c'est le nouveau look d'un bateau qui va très vite, qui plane et surf en gardant sa route, qui est raide à la toile* sous tous les vents. Mais comment ces hommes dans la nuit, au-delà de la fatigue, font-ils pour satisfaire aux appétits de tels oiseaux des mers, de ces bateaux faits peut-être à la mesure des Océans tels les albatros dans l'Indien, tellement ambitieux ? Un pari, peut-être, miser sur la vitesse comme gage et garantie de sécurité... Il est vrai qu'à la lecture des vidéos et des images embarquées, le bateau dévale et remonte aussitôt sur les lames, plane sans plus tosser au portant. Mais qu'adviendrait-il si d'aventure la mer devenait à être plus croisée, plus hachée, plus courte, grosse, énorme ? Comment réagirait un de ces bateaux rattrapant une vague par l'avant, emmené dans la pente et enfournant au risque de sancir* ? Comment réagirait le pilote automatique, ce compagnon invisible de quart à qui l'on peut ni parler, ni se confier ; le Marin lui livre son âme comme au sommeil du juste pendant quelques heures, quelques minutes essentielles de manoeuvres pour arriser*, envoyer de la toile...
Ils sont en course et semblent ne rien concéder, du moins au niveau du groupe de tête ; c'est le grand jeu de la régate ! que voulez-vous, après près de 15000 Milles de course, retrouver un compagnon par le travers , à une encablure ; est-ce vraiment possible ? Et pourtant, c'est ainsi ... les écarts se creusent mais la Course évolue, s'enrichit, se fait encore plus humaine là où la solitude et le froid, les vents pressent les Skippers. Bien qu'éloignés de tout, seuls à travers l'océan Indien, comme s'il vivaient une circonvolution autour d'un astre dont la face cachée interdirait toute communication, ils filent et survolent les flots à très grande vitesse ; près du continent Antartique, la navigation s'assimilerait à une tentative de réchappe au coeur d'un archipel parsemé de cailloux dont la marée et les hauteurs d'eau cacheraient les pièges permanents. Les nerfs à vif, la crainte d'une fatale rencontre, le bateau filant au surf nocturne, ou de jour en demeurant à l'intérieur, sans rien voir ou presque ! les manoeuvres de voiles incessantes dans les conditions extrêmes, tout cela relève de l'incroyable épreuve. Une aventure à la mesure et à la hauteur de chacun d'entre eux et, ce qui reste admirable, tout en véhiculant une somme de messages profonds, comme s'il en était d'une merveilleuse leçon de choses à l'adresse des petits comme des grands ; ils assument tout à bord et nous parle avec des mots simples et pénétrants, profonds et si évocateurs et chaque séquence de vidéo embarquée devient un rendez-vous à ne pas manquer.
On arguera du fait que l'informatique, la technologie de pointe en matière de Course au Large en solitaire, l'assistance par ordinateur pour tous les paramètres de navigation, les routeurs météo, etc ... faciliteraient grandement le challenge et les opportunités de classement, de performance de la Course... Soit ! il n'en demeure pas moins que le rythme qui s'impose et en découle n'est pas à confier à tous les hauturiers, marins et coureurs.
La nouvelle exigence relève de ce nouveau couple : Homme - Voilier : un binôme particulier et indéfectible capable de tenir un tour du monde à travers les conditions les plus extrêmes en moins de 80 jours. Pari audacieux, gageure même lorsque l'on devine et découvre les aléas qui sortent de l'échiquier, un à un les coureurs, aléas dont bien souvent il n'ont pas à assumer de responsabilité ! ( collisions, avaries, santé ). Il en est même qui s'improvisent dentiste à bord, dans le tumulte et le chaos, le déséquilibre perpétuel ; là, Skipper, on est avec toi et on compatit !
Oui, le rythme est plus que soutenu ; il est infernal ! 550 Milles Nautiques en 24 Heures ! vont-ils s'arrêter, souffler un peu ; la route est si longue et à peine dans l'Indien que la flotte bondit déjà. J'entends de là la coque vibrer à la sur-vitesse, le safran siffler, les fumées d'embruns couvrir le vol du bateau allégé par les rafales... Tout cela, d'un commun accord, comme s'il eût été de l'harmonie, d'une symphonie marine aux illuminations de l'Iroise ! Un ballet indicible que ces marins de l'extrême ne sont pas prêts d'oublier une fois rendus sur terre ... Entre l'Albatros et le sillage de leur Voilier, une complicité s'est instaurée qui n'aura de limite qu'en l'horizon bouché du marin fait terrien pour un temps qu'il sait mesuré, le temps requis pour enfin repartir au plus vite. Car qui a goûté une fois à ces étendues sauvages et vierges, qui aura cueilli dans l'azur la blancheur des pensées comme on cueille une fleur pour l'offrir au nom de l'amour, celui-là ne sera jamais plus le même être, à toujours !
Marin, Coureur, Solitaire, Navigateur, j'envie la main que tu tends au monde et qui dessine ainsi une orange si bleue pour le Noël de tous les enfants... Soyez vigilants, soyez prudents, soyez marins à chaque seconde du temps de cette épopée autour de nous toutes et tous, là où l'Univers prend forme dans le coeur de l'éternel enfant de la Mer ! La mer veille sur vous, on dit qu'elle est dans la tempête miséricordieuse et laisse toujours au marin une issue qui lui est favorable. Puisse cet adage vous accompagner toujours jusqu'à bon port, aux Sables d'Olonne...

Et quand Arnaud Boissières ouvre le capot arrière, s'émereveille de ce sillage tracé dans les vagues de l'océan Indien, on ne peut que partager son émotion et aussi ce qu'il ressent seul à bord, courant à 26 noeuds les mers du Globe ; images splendides, dialogue si simple et si vrai !

MARIN 

1 ère Ecriture le 12.12.2012