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OU L'ANTRE MÉTAMORPHIQUE

 

Ici les vents lustrent le schiste vert ; les moires
d'une eau limpide sont autant de miroirs réfringents
tournés vers le ciel et la mer.
La roche métamorphose le flot en son iridescence réverbérée,
parfaitement partagée. Elle semble onduler au diapason
des longs trains de houle lointaine ; vertige de l'étrave,
de la poupe que l'on ressent à bord, au plus près des caps
et des falaises.
Une multitude d'anfractuosités délivrent leur accords
et le chant des orgues marines que les bourrasques
emportent dans l'ivresse des vagues et de l'embrun.
Le temps clive une à une les strates virides,
en ravive sans cesse l'éclat et le reflet. La roche éclot
et ravit l'oeillade des vagues ... Séduction !
Et lorsque le soleil s'invite, darde à l'envi la mer froide
du solstice d'hiver en cherchant obstinément les fonds,
rien n'égale l'harmonie de ces camaïeux de bleu et de vert
que déclinent figement et mouvance.
Quintessence fluant de la matière et de la vie.
En ces lieux de complétudes et de mystères, au seuil des contes
et des légendes, le hasard n'aurait point de prise et 
la beauté ne s'explique pas ; elle se devine, s'offre ondoyant
dans les solitudes iodées et salées des vastes étendues
comme un appel à la folie, à toutes les déraisons.
Sans la roche, l'azur pâlirait ; sans le bleu de la mer,
le métamorphisme originel serait orphelin
d'une moitié précieuse. Il manquerait quelque chose que le poète
se devrait d'inventer, que le peintre oserait simplement imaginer
d'un trait d'aile...
Et quoi dire quand de fuser sur la peau froncée du diable
que les risées bleuissent profondément. La tempête emporte,
enivre. La longue houle s'empare de la passe, élonge une île
et la terre-mère. A travers ce labyrinthe à ciels ouverts,
l'horizon dédaléen des monts et les hautes vagues ne laissent
de délinéer et de confondre l'azur de la mer et du ciel, à l'infini.
Les nuages défilent, diffusent et tamisent une lumière rare
presque précieuse, parsemant çà et là quelques luminances
étonnantes qui dérivent à la surface de l'onde ;
ombres projetées, augures, signes du ciel !
Tout n'est que composition, instant, éphémère, éclosion
et pourtant il plane comme un songe d'éternité,
l'écho d'un plain-chant minéral, absolu et vital,
hors du commun. Il se joue ici la destinée sans pareille
des grandes fresques d'un monde unique et merveilleux.
Combien sont-ils ces havres, ces antres naturels
qui interpellent le regard et la pensée ?
Doivent-ils lentement périr sous la férule des mâchoires
d'acier et les hideurs de l'artifice et du béton, de l'asphalte ?
Jamais le locataire de la terre ne saurait égaler, rivaliser,
défier pareilles oeuvres, engendrer de si familières symphonies,
exaucer de telles noces entre la terre et la mer,
sous l'égide des cieux et de la durée. La raison n'a plus cours
là où l'émoi, l'émerveillement s'imposent comme vérités intangibles.
L'homme passerait en songeant, caressant un rêve pérenne.
Il n'est alors que souvenance, appartenance à un pan d'éternité
et le revendique légitimement en épargnant à toujours
l'interface sacré des mondes  incréés.

§

MARIN -  Éperdument marin - 

 

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METAMORPHIQUE_