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KALÉIDOSCOPE MINÉRAL


Une pluie de météorites aurait pareillement criblée un cap
plongeant sur la mer.
Elle n'aurait alors laissé qu'un vaste champ hérissé d'écueils.
Par centaines, îlets, îlots, blocs de pierre émergent et parsèment
les prairies claires d'un azur tant chéri.
Nous progressons lentement, au diapason
de la brise marine qui vient de se lever ridant à peine
la surface d'une eau dense, d'encre.
Le bateau semble décoller en survolant les hauts-fonds,
les nombreux secs éparpillés.
Vers les tombants, les adrets inondés de soleil et l'épaisse végétation,
les versants révèlent d'étranges surprises.
Subreptices, voici tantôt un visage, tantôt le rictus d'une bête féroce
surgissant d'un immense kaléidoscope minéral.
Une composition qui oscille entre figements et sculptures éphémères, fugaces.
La lumière du petit matin est crue.
L'air profond exacerbe ombres et contrastes.
Il nous faut être vigilants et saisir à la volée l'expression précieuse de l'éternel.
Nous ne faisons que passer, humblement saisis.
Les colonies de goélands leucophé, les cormorans
demeurent tandis que les migrateurs s'accordent avant ou après les couvées
une escale bien méritée ; ils seront discrets, tolérés, tout juste arrivés d'Afrique.
Tout semble convenir d'un sublime dessein,
d'une intelligence perceptible et mystérieuse à la fois.
Les fonds marins irradient de clartés, de bleuités, de camaïeux.
Allant par ce dédale d'écueils mordorés et la luminance des fonds de sable rose,
la mer revêt les teintes rares du béryl, d'un vert tourmaline,du cobalt.
Pas un bruit ne vient écorcher le choeur des goélands. Les nichées
abondent. Les petits à la robe duveteuse et grise osent l'aventure
et courent le sablon réfringent, amorcent quelques becquetées aquatiques,
attendent le retour du butin dans un tumulte d'ailes et de longs cris langoureux.
Les îlots vont ainsi à la semblance d'une barque de pêche
auréolée d'oiseaux en quêtes de subsides,
de restes jetés par les pêcheurs sur le retour.
De ces longs moments passés à contempler les actes d'un sublime théâtre
il me vient la certitude de côtoyer les pans d'une vérité
irréfragable. Les faits, les commandements naturels, le hasard des
déambulations et l'extrême beauté des rivages confinent au respect,
à la stupéfaction. Témoins de l'éternel, quelle étonnante statuaire
minérale, quel fantastique bestiaire pétré déroule le cours abyssal
des ères géologiques et les  logiques d'un alphabet tutélaire.

!

Prose Marine - Marin - De Passage

 

 

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