NAVIGUER DANS LES BOUCHES
Ou de la Longue Distance en Planche de Vague
!
Départ vers le Reef, Zoom Maxi Optique, relais sur le Numérique, les distances sont faussées.
28.12.2008
Seul vers un Reef Side Off des Bouches, je n'en mène par large ! Overmast, des rafales d'embruns qui me giflent. J'écoute sous mon casque la Tramontane qui hurle et m'ordonne de rentrer ; les vagues et la Houle des îles Éoliennes m'envoûtent et me retiennent. De la Côte, Emmila transie de froid, mouillée, shoote au jugé
!
L'hiver, le Froid, la Solitude aussi et des Destinations qui n'ont rien à envier à ces ailleurs dont on évoque si souvent les charmes ; çà, c'est pour le Cadre et l'Ambiance !
Ensuite, pourquoi les Bouches, le Détroit, cet Archipel merveilleux qui autour de la Corse élancent leurs beautés au-delà d'une Île, de ses falaises, renouant des gerbes de siècles et de suaves maturations ?
Tout simplement parce que le Plateau Continental s'y dessine différemment, octroyant çà et là des remontées brutales de fonds. Les Vagues, souvent secrètes, lèvent des Pentes hallucinantes et si bien orientées pour la voile, pour l'aile, le Surf.
Et puis c'est l'inconnu, la Glisse sauvage, loin des regards, seul ou avec l'élément, dépouillé, nu, aussi humble que la crainte qui gagne chaque soupçon de conscience ceinte de bleu.
Point de voyage lointain pour celle ou celui qui ne le pourrait pas. Que des vagues du cru, aux allants surprenants qui calment toutes les ardeurs excessives...
Là-bas, le vent est toujours plus fort, les rafales brutales et les vagues très pentues, nerveuses. L'immensité aussi qui séduit, bordée d'albâtre, de ces liserés d'écume sur fond de roches purpurines ou éclatantes de blancheur. Et ce bleu de l'azur, aussi profond que la mer, presque opaque et lourd comme le vent froid qui cingle, qui gifle et saisit.
Par Tramontane, l'onglée est fréquente et aussi dangereuse à qui s'accroche et ne sentirait pas venir l'engelure !
Les mises à l'eau restent aléatoires, les bords très longs qui rejoignent Reefs, Hauts-Fonds, Îlots. Les bord de Près sont interminables et la Côte, bien souvent semble s'éloigner avec des courants de surfaces étonnants.
L'oiseau règne, il pullule parfois, joue avec les vents en basses couches, tandis que les migrateurs tracent un cap droit et tendu, tirant vers le Sud et les contrées moins froides, très haut dans le ciel portés par un souffle vital.
Mais avant, il faut avoir tout vérifié, s'être convenablement alimenté, hydraté, couvert d'un bon casque chaud. Avoir prévenu la terre aussi de cette dérade insensée, livré son carré de Navigation précisément ! Un petit sac, une embase de Mât et un tournevis adéquat, du bout et un couteau, une couverture de survie ( on ne sait jamais si atterrissage sur un Îlot, forcé ), un morceau de verre réfléchissant, des barres énergétiques, de la boisson, etc ... sachant que l'on peut emmener davantage suivant l'exposition ! Mais le plus important reste une existence saine et pure qui garantit - sauf aléas de santé incontournable - la plus sûre des préventions ...
Je dispose d'un vieux Harnais Jacket, 9 Litres de Flottabilité, une bonne Combinaison en 5.4.3 Mm + un vieux et large shorty par - dessus.
Je sais et je mesure combien dérisoires sont et restent ces précautions, mais cela aide tout de même; il faut davantage compter sur sa Condition Physique ( se préparer toute l'Année ), l'État général du moment, ses dispositions, se connaître aussi et savoir si l'on va être capable d'affronter de la mer, des Vagues, le vrai Wavesailing dans des circonstances qui ne pardonneraient rien !
Avant de sortir, évaluer les Courants majoritaires, la Force du Courant de Surface, lié au Vent, en cas de Casse, regarder les Instructions Nautiques de la Zone et s'en imprégner, c'est aussi important, pouvoir aussi s'appuyer sur l'Observation ( Déventes, Nuages, Signes du Ciel et de la mer, Renverse ) , le tout en se référant aux Prévisions Météorologiques Locales et plus Générales. Il n'est pas un brin de côte dont je ne connaisse pas l'atterrissage .
Et en navigation, chaque seconde est cruciale; la planche vole, décolle, décroche; la mer est très hachée, même si elle est devenue grosse... Elle est croisée par juxtaposition des houles lointaines et des vagues naissent, soudaines, là où on ne les attendais pas. Éviter donc une mauvaise chute, entraîné au Harnais, de percuter un bois flotté quasi invisible dans le rayonnement puissant du soleil d'hiver. La réverbération est à l'échelle du large !
Bien sûr, en certains endroits, c'est aussi charrier un matériel lourd pour accéder à une mise à l'eau, à cause d'une urbanisation révoltante. Mais cela fait partie de l'enjeu...
Enfin, où et quand s'arrêter? Le Large s'ouvre, je contemple ses élans d'infini . Difficile équation; un regard vers la côte, et puis non ! encore un peu, poursuis vers cet îlot, cet écueil... De là-bas surgiront plus de sommets et de cimes enneigées ... Insensé, tourne, vire de bord ! Nager sur une telle distance est impossible. Alors retourne, n'insiste plus ! Et s'engage à l'unisson, une cavalcade, une chevauchée complice avec la Houle et le vent vers un point que je ne distingue plus depuis longtemps, avec le passé.... Mais je le devine, au terme d'un seul bord de travers, à cette colline au loin que la hauteur m'accorde. Et sur cette longue bordée, je virevolte autour de plusieurs secs aussi lumineux que l'émeraude, sertis de quartz ou de laiteuse silice.
Saurais-je nager des heures et regagner un bon feu de bois de chêne avant la Nuit Obscure ?
Marin
2 ème Ecriture le 30.80.2011


