Si j'eus la chance de disposer d'innombrables clichés, images, photographies englobant tous les aspects de mes rapports à l'azur, à la mer, à la gestuelle des pratiques extrêmes, ne le dois-je pas à celle qui m'aura suivi et veillé sur les flots parfois déchaînés, seul et par tous les temps, sur tous les sentiers qui nous menèrent vers quelques destinations splendides que les Îles cachent et semblent protéger de toutes viles spéculations, de tout lieu commun livré en pâtures au paraître, là où la Mer prend vraiment
?
À l'intime des Azurs, je devins, j'écrivis, je pensai profondément le bleu des ciels, du Ciel. Ces destinations qui n'auraient d'équivalent, au long cours du temps, que les durées indéfiniment recomposées qu'il inscrit aux frontispices des rivages, des noces de la terre et des nuées que les Îles accueillent en mûrissant de fabuleux printemps
!
Que je parte à nouveau à la recherche du temps, reconvoque toutes ces durées qui en forgent la longue chaîne et la nappe des souvenirs. Comme des lointains filigranes desquels se détache l'ombre furtive d'une aile, dans les brumes et les voiles d'embruns, vers de si hautes vagues qui s'enrochent en neigeant, aux confluences hiémales des lunaisons et des saisons enivrantes, lactescentes, cosmiques...
Sans tourner les pages d'un immense album qui ne saurait contenir le cheminement onirique d'une vie vouée à la mer, sans ressortir des photos jaunissant de tant vieillir, privées de lumière et de fragrances marines qu'elles en meurent trop tôt,
que je m'immerge dans ce flux désormais inextinguible qui me comble et me rappelle de folles navigations, au plus près des éléments, des vérités des grands espaces que je découvris seul, tant de fois, afin de m'en impreigner davantage, à satiété, sans fin, avec émerveillement.
Et je sais combien les privations de la mort à ce sujet m'affectent, me préoccupent depuis longtemps. Je suis parvenu au terme de la perduration, dans cet espace - temps que ceignent deux dates uniques qui me définissent et me résument en silence, ici - bas. Tel le cillement d'âme que je fus et qui rejoint inexorablement les poussières d'étoiles, après que les rouleaux d'écumes m'aient aussi longuement disposé aux éthers, au dernier couchant qui éclaire d'or l'au-delà
!
La mort, certes ! non redoutée mais, de l'absence d'azur et de lumière ; de ce vide sidéral insensé que la grande faucheuse ose claquemurer, que rien ne justifie après avoir tant respiré et bu la vie, l'existence, l'unicité de l'instant, ces linéaments d'éternel que l'on ne peut embrasser durant cette courte escale, cette fulgurante traversée, autant de migrations qui pourtant siéent à l'imaginaire et donnent sens et vérité à l'immémoriale Conférence des Oiseaux
!
Puissè-je retourner, - sans jamais me rappeler à ces fouillis d'objets que l'on remise sans fin avant de les livrer à la poussière des greniers -, à toutes ces fenêtres que rouvrent mes échappées de vertiges passées, tellement vivaces.
Images et reflets, radiance, luminance rares aux moirures jade et tourmaline. C'est au coeur de ces tournis incessants que vibre à jamais, au diapason du souffle quintessentiel, le vol libre et palpitant des ailes et des voiles vagabondes.
Peu importe où déposer les maux que prose et poésie tentent de panser ! Sillages ou méditation au coin du feu, songes la nuit, le jour, errance et marche dans le silence convenu de nos retrouvailles, c'est toutes les fois repartir, ranimer ces sommets d'immortalité que la durée engrange à bord des coups de temps, un peu plus près du Ciel. À ces vitraux dont je revis les clartés comme une invitation aux voyages toujours recommencés.
Alors, je te confierai, amour, le mot de passe de cet espace et de mes aventures solitaires et insensées vécues sur les mers des migrants comme des grands voyageurs. Qu'importe la latitude quand les vents exultent, quand les vagues pyramident et s'affolent en ressemblant aux nuages, à l'ivresse des cimes que fouettent les nuées qui toupillent.
Je disparaitrai comme casson de miroir. Verre dépoli dont se servent et se nourrissent les ressacs à l'oeuvre des renaissances et des métamorphoses.
" Orphée des Mers " désormais m'amuse
!
Ma Muse qui écoute et qui comprend au-delà de l'artifice, comme elle eût échappé aux logiques binaires de la programmatique et rejoint ce Point de Rencontre qu'un Certain, appelait de ses voeux les plus chers : Oméga ... Énigme ; mais je reviendrai sur la Voie, espérant et empreint d'une foi pacifique, comme l'Océan éponyme, en ces temps abondés de sources lustrales et de sidérantes durées.
Et " Orphée " m'exhortait, me confiait, au tréfonds de l'âme :
_ " Marin ", danse encore un peu, vogue sur le Ciel dense. Car n'est - il pas la Voie, ici - bas, éminement, souverainement Pacifique
?
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Évidemment, " Orphée " ! mais sais - tu combien je souffre, en mer plus qu'ailleurs. Car je vois, sans le moindre obstacle, ce que les bourreaux infligent à mes frères, au Levant, en les massacrant, en ensevelissant sous des tapis de bombes : femmes, bébés, enfants, vieillards, animaux, vergers et sources, ces êtres qui hurlent la peur et grimacent la mort depuis des décennies.
J'assiste depuis tant d'années aux rapts mortifères et violents perpétrés par des colons contre les travailleurs de la terre et de la mer, dans la fureur et dans le sang, en toute impunité. Images insoutenables. La Communauté Internationale des - unis passe outre, feint d'ignorer, se déshonore
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