CEDRIC / AVALANCHE - JANVIER 2012 - CORSE
Avec l'aimable autorisation de Cédric
A TOI, CEDRIC
!
Cédric DAUDON
EN SOLO AVEC AVALANCHE
Un Lendemain de Tempête dans l'Ouest du bassin Méditerranéen. Une évolution météorologique qui déchaîne une Tempête encore plus redoutable lorsque les flots de la veille et le grand large s'unissent avec le vent du Nord pour porter à la côte les ébats lointains de la Mer.
Et vers le grand Sud de l'île la Tempête trace à l'infini les lignes régulières d'une houle puissante, massive, tonnante qui semblent rejoindre le ciel, double les Îlots Moines, le Tournant de l'extrême- Sud. Là, le fort coup de vent de Nord fait rage mais il évite les Bouches de Bunifazziu et ne sourit pas au Détroit qui s'ouvre sous le vent et vers l'Est. Il fuit vers la Terre Sarde, Asinara. La mer est laiteuse, fume et tourbillonne. Je devine le tableau et la scène qui, à quelques dizaines de kilomètres en amont, sont en train de se jouer sous le soleil bas de janvier. Entre neige et embruns le temps suspend son vol, la Mer vacille ...
Le Mistral de Provence nous touche enfin. Il glisse comme il ripe le long des escarpements montagneux, lèche les rivages orientés vers l'Ouest de l'Île de Corse. Puis il saute les pointes et s'engouffre à l'intérieur des baies et des golfes de la côte occidentale, dévale parfois des sommets empruntant mille couloirs qui bruissent et grondent comme de gigantesques orgues. C'est l'ode des vents à l'hiver, des vents bleus insulaires aux cimes enneigées de l'Alta Strada, de la Haute Route...
Oui, Avalanche ! comme une traînée de poudreuse, un torrent fou qui se précipite dans le sillage de l'esquif, une descente vertigineuse que les transparences et les clartés inondent d'abrupts saisissants au ras des rochers et des terres déchirées ...
Et loin de la ville, esseulée, pétrie comme la dune l'est au désert, l'anse immense, radieuse et lumineuse, toise les horizons barrés, les grandes profondeurs. Malgré le balancement, le retrait et le flux colossal de l'eau, la mer exalte toujours ses tourmalines, ses aigue-marines chatoyantes, quelques tiédeurs apparentes et tellement trompeuses que les matinées de printemps soulignent habituellement.
Il fait froid, c'est l'hiver qui va et délivre les vents et les rues de nuages lourds. Les vagues inondées de blancheur n'en deviennent que plus féeriques, majestueuses, démesurées. Le vent, les fortes rafales hérissent la surface des flots, l'irisent et composent, esquissent un tableau rare, l'oeuvre des Titans que la nature déploie ! Quand " l'infiniment petit " s'élance ...
En découvrant la scène, l'arène où miroitent lumière, tumulte, chaos, énergie, on se prend à penser que l'homme un moment tutoie l'indicible, que les mots ne suffiraient plus à transcrire le saisissement et l'émoi qui l'emportent ailleurs ; y aurait-il une place pour le doute, le renoncement ? Certainement ... Mais une force intérieure est là, dans le regard, qui croise avec la lame et l'incommensurable.
Le hasard n'est plus de mise et la donne : essentielle, vitale ! pour gagner cette vire mouvante, entre l'instant et le galbe éphémères, l'harmonie et le sublime de la sculpture, il faut miser, parier et non défier, ne pas reculer... La course, le long dévalement, le mouvement et l'ellipse qui étreignent inéluctablement la vague et le pèlerin d'écume semblent irréels, planer.
Et pourtant, Il est des grands jours à marquer, à graver la mémoire de silences assourdissants, de ces étendues vierges, au-delà de l'horizon et du quotidien. Une sorte de partition où tout se jouerait, tout fluerait d'un commun accord, tel un pacte à respecter, une alliance à ne pas transgresser : celui des éléments que l'homme révèle plus que tout autre chose parce qu'il en dessine les contours évanescents, les songes les plus audacieux, seuls, sur la mer ou l'océan, seul avec et pour la mer...
Ce jour-là, loin de tout, une aile a frémi, battue entre la barre et le sablon dans le fracas vorace des ressacs et des déferlantes. L'existence repoussait l'étau du temps, entre passé et futur, entre deux vagues scandant le pouls des mondes !
Avalanche tonnait, Avalanche ne démérita point, Avalanche attirait des ondes déraisonnées de vent et d'eau et les bras titanesques de l'Île, les éclats d'îles, les attiraient, les alignaient, les compressaient en les soulevant sans fin. Alors, le solitaire écoutait, voyait ce que lui dictait l'univers ; il se dirigeait et se plaçait sur le lien ténu de l'instant, au seuil de la vérité, de la profondeur des ciels qui nous sont parfois révélés.
Avalanche lui cédait ; elle lui prodiguait ses largesses, le reconnaissait pour l'accompagner au bord du réel, comme s'il s'en fût revenu d'une longue traversée !
Marin
2 ème Écriture le 11.02.2012
3 ème Ecriture le 06.04.2012
Cédric / Avalanche
VIDEO / GO-PRO
Avalanch - South Corsica from Ced ryu on Vimeo.
§





