DU GROS TEMPS ...!
Un vrai Mistral Noir souffle ce jour en fort coup de vent ! Mais vers Alboran et Palos, Sud Baléares, le vaste courant est rivé au SW, depuis plus de 24 heures. La conjonction des houles Primaire et Secondaire s'opère parages Ouest-Sardaigne / Corse et, notamment, vers le SW de l'Île. La mer est rude, dure, forte à très forte selon le secteur et le moment de la journée. Les isobathes influent beaucoup sur l'effet des surcotes de marée et de tempête pour les zones Côtes et Rivages. De basses pressions, de forts grains intermittents finissent de lever une mer imposante, très haute, puissante ; on discerne parfaitement, sur certains clichés, la trajectoire de la houle qui file dans le lit du vent et ces ondes qui ont pris l'option de la diffraction, en s'approchant de la côte, en emplissant baies et golfes du Sud de l'Île.
Les sites habituels chargent un swell massif et ne saturent pas ! Vers " Phikaria ", vagues et vents lèvent de belles traînées d'écume : le vent croise leur faisceau. Les plus grosses séries de vagues montent très haut, sont véloces et surprennent. Les rafales cinglent, froides, et les grains n'arrangent rien. La visibilité décroît, la mer se fait de plus en plus sombre, continue de grossir. Personne ! l'hiver approche, les plages revêtent leur manteau d'algues. Sur le sable, nos pas foulent un silence sans trace que l'empreinte des plus hautes lames habite.
En guise de tourmentin, une si petite aile sillonne les vallons liquides. Les conditions de navigation requièrent beaucoup de vigilance. Chute avalancheuse des déferlantes, violentes bourrasques mettent à mal un si petit esquif, hier comblé d'illusions et de mirages allant par les clartés d'un automne alangui ! Tout devient difficile, engendre une nouvelle difficulté. Le site que l'on pense connaître et pressentir, change ! Les repères à terre disparaissent tandis qu'il faut interpréter ceux qui, sur la mer, trahissent encore le haut-fond. La couleur, la densité de l'eau parlent ... Il convient de traiter le moindre détail, vite ! En quelques secondes, la planche fuse vers le sec qui découvre et menace ; l'aspiration est terrifiante ; puis l'onde s'écroule, glisse à grande vitesse. Le rouleau emporte tout dans une blancheur de neige éclatante. Une blancheur qui règne et triomphe de l'obscur, qui rassérène une fois passée.
Le vent est fort et la mer tellement creuse. La petite planche s'envole, contre la volonté ; imprévu, hasard ou alors simple nécessité de l'homme qui s'adapte comme il peut. Il lui faut gérer toutes les options ; au loi, c'est la côte dentelée, sous le vent, un convoi de vagues que rien n'arrête et qui s'abattent. Désert aux dunes mouvantes que les oiseaux abandonnent, un à un ! Le trait de côte diffus n'est pas loin ; ce n'est plus un avantage ! Quant au Large, il semble avoir gagné toute les étendues. Et se projeter un instant à cent milles ne changerait plus grand chose.
Ainsi du domaine et des dimensions cachées de l'extrême ouvrant sur d'autres horizons. Ainsi du gros temps qui bouleverse les paysages marins en quelques heures. Ainsi de ces associations entre les éléments qui nous dépassent lorsqu'ils se déchaînent, semblant se rapproprier le cours naturel du temps et des saisons. Comme s'il eût fallu attendre que la frontière entre les terres défigurées et la mer fussent solitaires pour recouvrer leurs pans de beauté vierge et lumineuse malgré un plafond bas de nues tourmentées avalant la moindre parcelle de ciel bleu.
MARIN
RÉCIT




