" SOLO "
Épris de SOLO, comme une fatalité, une délivrance, il nous envoie ce cliché, un texte énigmatique ! Une navigation qu'il connut, un lendemain de Bora, de tempête. Puissant Aquilon qui, des vertiges de Borée, dévalait sans freins les côtes de l'Île de Corse, n'ayant que les étendues marines et les invites des hautes montagnes pour s'élancer, piloter de violentes rafales ; une bise terrible des vents au solitaire qu'il fut pendant deux longues heures, à parcourir, à traverser les champs virides de la Grande Mer, jaspés d'émeraudes, les camaïeux éblouissants d'un immense haut-fond.
Quelques pointes acérées nous rappellent ici à l'infiniment petit de la vie face à l'ubiquiste élément déchaîné des airs, des eaux et des îles alliés.
Nous vîmes là-bas, au profit de jumelles marines lumineuses, de vrais cirques liquides, de vraies arènes aux vagues se mouvant en demi-lune, imprévisibles ; une ode à la liberté.
Un labyrinthe se dessinait sous nos yeux au diapason des houles et des courants contraires. Chevauchées fantastiques que ces lames aux cimiers d'écumes volant au vent, depuis les temps immémoriaux, les épopées antiques de nos mythes et de nos légendes.
Alors, " SOLOTOU " misa son va-tout et s'élança, depuis le bord, le rivage révulsé des forts coups de vent, avec leurs ondes d'algues glauques et lourdes envahissant la grève des migrants que nous sommes.
Nous le suivions, qui disparaissait parfois derrière les crêtes des plus gros dômes que les bourrasques charriaient vers le détroit, un dédale d'îlots auréolés de radieuses projections d'écume et d'arc-en-ciels.
" SOLOTOU " nous confia craindre la fortune de mer, l'incident, à juste titre d'ailleurs ; nous sûmes, à la tombée du jour, pourquoi ...?
Il se faisait assez tard, au-delà de midi, sans doute ; les nuages et de rares faisceaux exacerbaient les contrastes du jour et de la nuit mêlés à l'aventure d'un souhait, d'une obstination ; nous devinions la position du soleil, sa course rapide vers le Solstice, comme un désir irrépressible de fuir, de l'autre côté des mondes.
Sursis que ces ébats au coeur du haut-fond, des écueils et, plus loin, vers le large, les collines d'une eau hiémale. L' horizon lui semblait ivre, subreptice et soudain, vacillant en un instant, qui semait le doute, l'illusion de l'ivresse et des alcools forts, l'absinthe des maux, mots-dits, un tumulte de révélations.
D'entre le cri stridulent des rafales et le grondement grave des rouleaux, il lui fallut côtoyer, rechercher le vol, la présence du puffin cendré. Ainsi poursuivit-il cette quête étrange, ce dialogue et ce ballet avec l'au-delà des terres, l'Ex-Île, en rupture totale avec les mondes surfaits de la fête massivement aveugle et de ses feux d'artifices !
Nous voguions au plus profond de l'hiver, au creux de la dépression, des basses températures. Les heures allaient, s'enténêbrant vers les lointains tandis que de rares luminances composaient sur le récif quelque espace-temps solaires, astraux, en phase avec l'univers troublant de la vérité ...
Pulsations de la mer, palpitations d'un coeur, allaient l'amble, pour le meilleur et pour le pire ; il le savait et jamais ne fut surpris quand il décida au large que son aile devînt à jamais orpheline. Il abandonna, il perdit son esquif, caché qu'il était pour tenter de mourir en plein ciel, en regardant sous ses pieds se dérober l'ombre d'une question, sans l'ombre d'un doute ni d'un regret
!
MARIN - MAL DE TERRE / MAL AUX MONDES -


