ANTIDESTIN ! ...
Il craignait la guerre, les mensonges, la cruauté. Il abborrait la force et l'autorité qu'il corrélait. Ainsi vivait-il sa perpétuelle geôle. Il était tout amitié, lien, partage et me parlait de Christ en qui il confiait ses obstinants et lancinants tourments. Je l'ai perdu, il me manque, je lui écris comme il le fit autour des Pensées, des Infinis, du Roseau Pensant qui le passionnaient. Cette chanson d'un groupe qu'il adorait et dont les accords lui allaient droit au coeur, à travers sa camisole, ses puissantes doses de neuroleptiques ...
Tu me manques tant, Grand Frère, dans ce monde trop dur, impitoyable, insensé
!
Il y a sur la mer et l'océan tant de balcons qui voyagent vers tous les mondes. Magie de l'horizon. Un aller et retour incessant entre le numineux du faisceau de la récompense et toutes les larmes de l'antidestin et de l'absurde !
Versants souillés, éprouvants tombants, irrévocables exodes ... On y voit dès lors plus clair et plus profondément, au Levant, au Ponant, au Septentrion, vers la Croix du Sud les jours de coup de vent lumineux. Et le cours des choses va tutoyant sans fin les desseins pourtant solennels et pacifiques de l'existence, des grands espaces prodigues de vies innombrables et si diverses.
Je les retrouve à travers la lecture, les musiques métissées, l'ivresse sémantique des poètes, les toiles de nos maîtres qui nous aprennent ensemble l'émoi, l'amour, la vérité, le partage, la beauté. Un juste destin pour tous !
Au temps affranchi de la durée, ces pans de conscience éprouvés, passés et livrés que je revis au coeur de la solitude, qui m'auront destiné, orienté, perdu aussi une fois de retour vers le carcan et le moule qui dressent avec le poing le troupeau des âmes asservies que nous sommes, que nous récusons sans fin, égaré et dépourvues de sens ...
Irrepressible nostalgie, spleen récurrent et tenace, mal à tous les mondes incurable, violent instinct de révolte ! Je vogue entre les rets de la destinée qui m'absentent de l'être. Je me rapproche de l'errant, du migrant que je suis, qui me transportent partout ailleurs où règnent la tyrannie, la géhenne, la haute trahison, la pauvreté et la souffrance, l'exil et la soif.
Et chaque accroc, chaque blessure, chaque trahison perpétré à l'encontre du pacte et des alliances intemporels m'interpelle au-delà de la représentation, du prisme déformant de la pensée unique et conquérante, de la loi qui réécrit l'histoire à l'aune du plus fort, du dominant, ces lois qui contournent la Loi originelle aux profits du tyran et des marchands. J'en souffre, terriblement !
Tant de forfaits jalonnent la Voie qui nous était pourtant tracée. J'en suis consterné, durablement et lourdement affecté. Je les découvrent, chaque jour, plus encore, à chacun de mes solos dont j'assume la fréquence et le risque et, je les comprends, les approche en les étudiant ainsi dans le dénuement de l'entendement, près du coeur.
Fenêtres de vol qui de loin en loin traquent et révèlent les tragiques et terribles facettes d'un monde qui plonge vers le chaos, qui va à la dérive, saisi d'une cécité condescendante et dangereuse. Ainsi de les combattre en les révélant, en les exposant, en leur opposant incohérences et obscures opportunités ...
Si la mer, l'océan auront été pour moi et depuis ma plus tendre et lointaine enfance une manne, une source de vie intarissable, joies, découvertes, accomplissements, ils n'en demeurent pas moins ces lieux de prières, ces occasions d'appels à la paix et à la sérénité, ces espaces oeuvrant à la rencontre, au partage et à l'échange que l'on est en mesure d'attendre d'eux, tout en respectant durablement leurs fascinantes occasions d'embrasser la diversité des mondes.
Que peut évoquer l'astronaute qui depuis l'espace contemple ce vaisseau tout de bleu vêtu qui navigue dans le vide sidéral selon les lois vitales et intemporelles de la gravitation ? Que n'aurions - nous pas provoqué, détruit, bouleversé, évincé ici - bas depuis que le monde est mondes, depuis que les mondes auront cessé de battre d'un même coeur, réchauffés et éclairés qu'ils furent pourtant par un soleil unique.
Consternantes vanités rompant aux invites de la foi comme aux grands desseins de l'étant, sur fonds terrifiants de déréliction, d'abandon de l'homme dans l'univers. Entité duelle livrée à elle-même-même, pris dans la chaîne et la trame de son infime finitude hiérarchisée à outrance, incapable de pérénniser les bontés de la Nature et les vérités irréfragables de la vie sur Terre.
Il aura fait de Planète Terre, de la Planète Bleue, de son vaisseau, de ses merveilleuses contrées un inepte et infâme commerce, une réalité dévoyée. Horizons barrés, lendemains enténébrés. Les maîtres ont encore et toujours une âme de valet
Comme un dernier rêve, face à la mer, réveiller l'immémorial chant des vagues et des constellations dont je suis, à demeure, le passager, le pèlerin, le migrant de toute éternité
A toujours, Frère, Michel, ensemble, poussières dans le Vent, le Chergui, le Simoun, le Mistral, le Levant
!
- MARIN -
Mal de Terre _ Mal aux Mondes
Anthropocène
1 ère Ecriture et réflexion le 27 Octobre 2021 / En cours
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