BUNIFAZZIU OU LA CITE DES FALAISES
J'embrassai du regard une île, la fille d'Eole, inondée d'azur. Les vents et les vagues entonnaient, esquissaient quelques rimes opalines, quelques accords pétrés. Depuis la vire des songes, des plus hauts abrupts dévalés, diluviés
Entre les dernières phalanges de la terre, les Bouches de Bunifazziu et le Détroit éponyme, légendaire retiennent des fragments de siècles. Les fonds irradient, éclairés depuis les abysses par d'antiques lampadophores, de jour comme les nuits qui s'illunent ... Sur les blocs de craie en équilibre précaire, vagues et vents violents gravent le noble dessein des ondes portant légende des siècles au-delà des mers. Intailles portées au cœur des flots émeraude, aigue-marine, serties du vieil or des sables.
Grandeur et gloire des empires auront croisé le long de ce bastion inexpugnables, au pied des falaises de craie ! Rien ne s'oublie qui transparaît aux détours d'un paysage, d'un panorama marin uniques, exceptionnels, chargés d'histoire. La mémoire porte comme elle affiche ostensiblement les stigmates des époques, tel un sanctuaire !
A l'aplomb des falaises tourmentées que les vents entaillent et clivent, les vagues déferlent, brisent en tonnant. chaque filet de lumière fulgure le domaine des eaux. Reflets, moire, émaux liquides et mouvants, l'anfractuosité, la grotte dans la falaise soufflent un verre unique, immuable. Près du maître verrier cyclopéen, une source efflorescente semble jaillir des profondeurs.
Et l'on entend sans relâche le coup sourd de la gerbe houleuse et massive emplissant chaque cavité minérale. Tout demeure à la mesure des géants mythiques, des légendes, de la défense farouche de ces lieux pétris de rudes combats. La Cité des Falaises s'impose, hors du temps, convole en ces noces que mer et terre perpétuent, radieuses et fascinantes.
Il émane de cette vertigineuse cité énergie et calme à la fois. Les hommes vivent au coeur des éléments, acceptent l'ordre des choses, les rudesses des éléments. Les heures s'écoulent auprès des oiseaux marins, ivres de vent et familiers.
Les jours de grands vents, des geysers d'embruns surgissent des parois, des fissures de la terre, portant très haut le souffle des eaux et de la houle vers le ciel. Ces lumineux faisceaux exhalent l'iode marin ; inextinguible printemps !
Une étrave dans le vent brise et fend les charrois de l'Aquilon, du Ponant, du Mistral. Les tombants, les fonds les attirent et les piègent inexorablement. L'onde, à la côte accore est subreptice, soudaine. Elle surgit au ras des dalles gréseuses que le ressac hérisse ; l'eau de la mer ainsi barattée dévoile de sublimes mosaïques ; fresques chatoyantes délivrant mélodieusement une écume virginale et généreuse.
Révélation symphonique et captivante ! La mer, le ciel et la terre nous convient en ce jour de grains et de frimas au réveil de la nature, nous exhortent à en déceler les harmoniques essentiels.
Le temps s'est figé ; instant de pierre et d'eau. Au gré des virga, l'horizon respire, traîne. La terre chute dans l'azur, parsème le rivage, confère, aux à pics et aux ressauts, des ciels plus profonds, cette envergure que les Puffins Cendrés et les Goélands attendent !
Voyage au pays des mythes. Fulgurance cristalline et révélée ; l'invitation à l'aventure règne et s'impose aux milles vires de la citadelle de craie ! Evasions sans frontières. La vague enivre. Entre deux îles, il n'est qu'un vacillement, une pulsation d'astres.
Dans la brume de chaleur, émergeant du poudroiement des lames hiémales, des anges d'écume et d'embrun, point dans les lointains la demeure des hommes appendues aux ciels insulaires. Nouveau départ, éternel retour, bout du monde, qu'importe ! L'appréhension et l'envoûtement opèrent vers de nouveaux jours, le sacré.
Et lorsque s'élèvent la litanie, la polyphonie des fils de la Grande Mer, il me semble que la Cité des Falaises, par les voix du Grand Sud, veille au numineux, au présent et don des cieux
!
- MARIN -
Pour l'Amour d'une Terre
1ère Écriture - 21.12.2010
2 ème Ecriture le 28 Mai 2011
3 ème Ecriture le 31 Août 2022


