21 mars 2022
FONDAMENTAL ! ...
Il serait grand temps que les élites froides et cyniques s'emparent de ces textes et travaillent profondément, en mesurent leur portée, entrent en réflexion et reconsidèrent leurs certitudes sur le déclin et la décadence
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" En France, l'aventure universellement connue du docteur Albert Schweitzer (1875 - 1965), grand pionnier de la médecine humanitaire, a presque complètement occulté l'originalité de son oeuvre intellectuelle. Oeuvre immense pourtant, touchant aussi bien à la musicologie qu'à la philosophie, à la théologie qu'à la réflexion politique, qu'il nous revient aujourd'hui de confronter aux débats planétaires de notre fin de siècle. Jean-Paul Sorg, professeur de philosophie, rédacteur en chef des Etudes schweitzeriennes et grand connaisseur de l'oeuvre du Prix Nobel - y compris dans sa partie allemande - a réuni en une anthologie thématique les textes majeurs de cet homme d'action qui fut aussi un penseur des plus originaux. On y découvre que le pasteur Schweitzer n'a pas seulement lancé en France le mouvement de 'redécouverte' de Jean-Sébastien Bach ou jeté les bases de la recherche théologique moderne ; il a également été l'un des premiers à s'interroger sur les spiritualités orientales. Énonçant dès les années 1920 le principe du 'respect de la vie', il fut aussi avant la lettre l'instigateur d'une vision du monde qui fondera philosophiquement tous les combats futurs pour la paix et la sauvegarde de la Terre, contre l'économisme et le culte du progrès technologique, en faveur des droits de l'homme et pour l'avènement d'une 'éthique de la civilisation'. Pour la plupart inédits en français, ces écrits nous dévoilent la pensée d'un humaniste à la fois moderne et spirituel, qui s'appuie sur une raison ouverte à la transcendance nécessaire à toute vie. "
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Carmen-Carmeno
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"...Quelle est la position du Respect de la vie dans les rapports entre l'homme et les bêtes ? Chaque fois que je déteriore une vie quelconque, il faut que je me pose clairement la question de savoir si cela est nécessaire. Jamais je ne devrais m'autoriser à aller au-delà de ce qui est indispensable, même dans les cas apparemment insignifiants. Le cultivateur qui a fauché des milliers de fleurs sur son pré, pour nourrir ses vaches doit éviter d'arracher machinalement, en rentrant chez lui, les fleurs qui poussent au bord de la route, car il commet ainsi une atteinte à la vie, sans y être obligé par la force de la nécessité. Ceux qui expérimentent sur les animaux des médicaments, procédant à des opérations chirurgicales, ou inoculant des maladies dont les résultats serviront à venir en aide à l'humanité, ne doivent jamais se livrer à ces traitements cruels en toute tranquillité d'esprit sous le prétexte que leur but est d'envergure. Dans chaque cas particulier, il faut qu'ils aient auparavant pesé la question de savoir si la nécessité de faire subir ce sacrifice à l'animal pour l'humanité s'impose vraiment. Ils doivent alors s'inquiéter de faire tout leur possible pour adoucir la douleur. Combien de crimes commet-on dans les instituts scientifiques en omettant de faire une narcose pour gagner du temps et se simplifier le travail ! Combien de tortures inflige-t-on aux bêtes, uniquement pour faire devant les étudiants une démonstration de phénomènes universellement connus ! Justement en raison de ce que l'animal, en tant que cobaye, a acquis par sa douleur tant de valeur pour ceux qui souffrent, une relation nouvelle et exceptionnelle de solidarité s'est crée entre lui et nous. L'obligation de faire tout le bien possible à tous les êtres vivants en découle pour chacun de nous. En tirant d'affaire un insecte en détresse, je ne fais rien d'autre que d'essayer de payer quelque chose de la dette toujours renouvelée des hommes à l'égard des bêtes. Lorsqu'un animal est contraint d'être utilisé pour les besoins de l'homme, chacun de nous doit se préoccuper des souffrances qui en résultent pour lui. Nul ne doit permettre d'occasionner une douleur que rien ne peut justifier, dans toute la mesure où il peut l'empêcher. Nul n'a le droit de s'en désintéresser en toute tranquillité en pensant qu'il n'a pas à se mêler de choses qui ne le regardent pas. Nul n'a le droit de fermer les yeux et de considérer que puisqu'il s'épargne la peine de le voir, le mal n'existe pas. Que personne ne secoue de ses épaules le poids de sa responsabilité. Si les animaux sont victimes de tant de mauvais traitements, si les hurlements du bétail assoiffé pendant son transport en chemin de fer passent inaperçus, si tant de cruautés se perpètrent dans nos abattoirs, si dans nos cuisines des mains inexpertes malmènent les bêtes en les tuant, si les animaux endurent d'invraisemblables tortures par la faute d'homme sans pitié, tandis que d'autres sont livrés aux jeux cruels des enfants,nous en portons tous la responsabilité. Nous avons peur de nous faire remarquer lorsque nous laissons voir combien nous sommes émus par les souffrances que l'homme inflige aux êtres vivants. Nous croyons alors que les autres se sont faits plus " raisonnables " que nous et considèrent comme normal et allant de soi ce qui nous bouleverse. Mais tout à coup il leur échappe un mot qui nous prouve qu'eux non plus n'en ont pas pris leur parti. Étrangers à nous jusqu'alors, ils sont maintenant tout proches de nous. Le masque qui nous trompait mutuellement tombe. Nous savons désormais, les uns comme les autres, que, tous ensemble, nous sommes possédés par l'obsession incessante des horreurs qui s'accomplissent constamment autour de nous. Oh, quel aveu mutuel ! L'éthique du respect de la vie nous empêche de faire croire par un silence complice que nous sommes devenus insensibles à tout ce que les hommes pensants que nous sommes devraient ressentir. Elle nous incite à nous tenir mutuellement en éveil devant cette souffrance et a parler et agir sans crainte selon la responsabilité que nous sentons ensemble peser sur nous. Elle nous pousse à rechercher ensemble les occasions de venir en aide à des animaux en compensation de toute la misère où ils sont plongés par la main des hommes et de les faire ainsi échapper un instant à l'inconcevable horreur de l'existence...."
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